Disparitions inquiétantes: 13336 mineurs inscrits depuis le 1er janvier, plus de 50000 cas chaque année

Entre le 1er janvier et le 30 avril 2020, 13336 enfants ont été inscrits au Fichier des personnes recherchées (FPR) du ministère de l’Intérieur. En 2019, en France, ce sont au total 51 287 disparitions inquiétantes qui ont été enregistrées. Dans près de 50000 cas, il s’agit de fugues, mais pour 918 d’entre eux, la disparition a été jugée particulièrement alarmante.

Chaque année, environ 70 000 disparitions inquiétantes sont ajoutées au Fichier des personnes recherchées (FPR) du ministère de l’Intérieur. Du jeune qui fugue une nouvelle fois pendant quelques heures ou quelques jours, au patient Alzheimer qui s’égare, jusqu’à l’adulte ou le mineur qui se volatilisent sans explication… Parmi ces signalements, 10000 environ sont considérés par les enquêteurs comme particulièrement préoccupants : quand le disparu n’utilise plus ni son téléphone ni sa carte bancaire, qu’il disparaît des réseaux sociaux, s’il avait des intentions suicidaires ou des fréquentations douteuses, s’il avait fait l’objet de menaces…

En 2019, 51 287 de ces disparitions inquiétantes concernaient des mineurs (une toutes les 10 minutes), et parmi elles, 49 846 jeunes déclarés « en fugue », 523 signalés « enlevés (avec violence) ou détournés (sans violence) » (le plus souvent par un parent lors d’un conflit familial), et pour 918 mineurs, la disparition a été jugée particulièrement préoccupante.

Toutes les disparitions de mineurs sont automatiquement considérées comme inquiétantes, mais dans ce dernier cas, les services de police et de gendarmerie ont des éléments qui leur font craindre que le jeune ait pu être victime d’un acte criminel _prostitution forcée, séquestration, meurtre, etc._, ou avoir un comportement suicidaire, des problèmes de santé… Parmi ces disparitions, seulement quelques-unes seront particulièrement médiatisées, celles de Marion Wagon, d’Estelle Mouzin ou de Lucas Tronche ont défrayé la chronique, mais ce sont des exemples plutôt rares en France où elles représentent seulement deux à trois cas par an.

L’association Droit d’enfance qui gère le 116000, numéro d’urgence gratuit, dédié au soutien des familles d’enfants disparus, invite néanmoins à lire ce chiffre de 50000 disparitions avec précaution : “un mineur peut être signalé disparu plusieurs fois sur une même année, et inversement certains départs ne sont pas signalés, notamment lors d’enlèvements familiaux. Par ailleurs le retour d’un enfant disparu n’est pas toujours rapporté par sa famille”. Sans compter le sort de ces disparus qui atteignent leurs 18 ans et sortent des statistiques : ils ne seront plus recherchés une fois majeurs, sauf motif sérieux d’inquiétude. 

Parmi ces signalements, une très large majorité de fugues (97%), “qu’il ne faut pas banaliser” explique Sandrine Pepit, directrice du 116 000“même si certains jeunes fuguent souvent, c’est notamment le cas de ceux qui quittent un établissement où ils sont placés, une nouvelle fugue peut vite devenir plus inquiétante que les précédentes, parce que le jeune va disparaître des réseaux sociaux, que son téléphone ne va plus répondre, qu’il n’utilise plus sa carte de transport, ou parce qu’il est dépressif…”. 

Des éléments qui peuvent conduire les enquêteurs à changer ce cas de catégorie, pour le traiter comme une affaire criminelle et déployer des moyens supplémentaires : mais il est parfois difficile d’estimer la dangerosité d’une disparition, “il faut toujours étudier le contexte familial, l’environnement du mineur, son emploi du temps récent, ainsi que les conditions de la disparition”, ensuite la téléphonie et les réseaux sociaux sont désormais des données précieuses, explique-t-on à l’Office central pour la répression des violences aux personnes (OCRVP) qui épaule les services de police ou de gendarmerie locaux, notamment dans les affaires criminelles, extra régionales ou nationales, “et plus tôt les services sont prévenus, mieux c’est”.

Un numéro en quête de notoriété

40 écoutants, une équipe de 6 spécialistes (psychologues, juristes, travailleurs sociaux) : en 2019, le 116000 a ouvert environ 1300 dossiers en France sur appel des familles (5203 au total depuis 2016). Bien peu au regard du nombre total de disparitions, et le numéro est en quête de notoriété. Certains cas seront suivis quelques semaines (dans l’ensemble 30% des fugueurs sont retrouvés dans les 48 heures, un autre tiers dans le mois qui suit), pour les autres, les proches sont sans nouvelles pendant des mois, voire des années…

Parmi ces fugueurs, “une augmentation notable des fugueurs très jeunes” s’inquiète Sandrine Pépit : 18 112 mineurs en fugue avaient moins de 15 ans en 2019, soit +5% par rapport à 2018″.

“Les enquêtes sont menées avec sérieux par les services de police et de gendarmerie, mais qu’il faut progresser sur l’accueil des familles et leur accompagnement psycho-social et juridique” explique la directrice du 116000, dont l’équipe joue parfois les intermédiaires entre les services d’enquête et des proches tantôt effondrés tantôt agressifs, toujours dépassés… 

Alerte-Enlèvement : 24 alertes depuis 2006

Depuis 2006, le dispositif “Alerte Enlèvement” peut aussi être déclenché par les forces de l’ordre. Mais il répond à des critères précis, que les proches ont parfois du mal à accepter : pour diffuser cette alerte, il faut être assuré qu’il y a « un enlèvement ou une soustraction avérée d’un mineur ». Il faut également qu’il y ait une dangerosité évidente pour la vie de l’enfant et des éléments de signalement à confier au public par le biais d’un message.
Depuis sa création, le dispositif a été déclenché 24 fois : jusqu’en 2020 il affichait un taux de réussite de 100 %, avec 23 alertes déclenchées et autant de mineurs retrouvés sains et saufs. Mais la dernière alerte lancée le 8 février 2020 a connu une issue tragique : la petite Vanille, âgée d’1 an, enlevée par sa mère à Angers, a été retrouvé décédée.
Dans le Rhône, le dispositif “Alerte enlèvement” a été déclenché le 29 mai 2016. Trois enfants, frères et sœurs âgés de 5 à 10 ans, prénommés Joris, Jad et Alia, à Pontcharra-sur-Turdine étaient recherchés. Le père, âgé de 45 ans, soupçonné du meurtre de son ex-compagne, s’est finalement rendu à la gendarmerie de Tarare, et les enfants ont été retrouvés sains et saufs chez une tante à Villeurbanne. En Saône-et-Loire, c’est pour retrouver Nathaël, un jeune garçon de 9 ans enlevé par son père à Romenay, que le dispositif a été lancé le 19 août 2016. L’enfant a été retrouvé sain et sauf le lendemain, avec son père, dans le sud de la France.
La décision de lancer cette alerte dépend entièrement du procureur de la République, qui doit préalablement avoir obtenu l’aval de la chancellerie, et plus précisément de la DACG (la Direction des affaires criminelles et des grâces).