18.000 majeurs disparaîtraient chaque année en France

Chaque année, en France, 18.000 disparitions inquiétantes de majeurs sont constatées. Parmi eux environ 60% de personnes fragiles et protégées (Alzheimer, troubles psychiatriques…). Pour les autres : accident, crime ou disparition volontaire ? Police et gendarmerie enquêtent, et les proches espèrent… et se tournent parfois vers l’ARDP (Assistance et recherche de personnes disparues) pour être accompagnés.

Chaque année, environ 70.000 disparitions inquiétantes sont ajoutées au Fichier des personnes recherchées (FPR) du ministère de l’Intérieur. Du jeune qui fugue une nouvelle fois pendant quelques heures ou quelques jours, au patient Alzheimer qui s’égare, jusqu’à l’adulte ou le mineur qui se volatilisent sans explication…

Parmi ces signalements, 10.000 sont considérés par les enquêteurs comme encore plus préoccupants : quand le disparu n’utilise plus ni son téléphone ni sa carte bancaire, qu’il disparaît des réseaux sociaux, s’il avait des intentions suicidaires, des problèmes de santé ou des fréquentations douteuses, s’il avait fait l’objet de menaces…

En matière de disparitions de majeurs, sur les 18 000 disparitions inquiétantes constatées annuellement, 60 % concernent des « malades » – personnes psychologiquement instables ou atteintes de maladies neurodégénératives de type Alzheimer, personnes suicidaires. Les autres disparitions (40%) concernent des disparitions volontaires ou accidentelles ou des affaires criminelles (enlèvement, séquestration, homicide, dissimulation de cadavre)” estime l’ARDP (Assistance et recherche de Personnes disparues).

“Parmi toutes ces disparitions on estime annuellement à 1000 celles qui ne seront jamais résolues. Ce sont donc plus de 1000 personnes qui disparaissent définitivement en France chaque année”   Mais “le problème des disparitions de personnes est actuellement sous-estimé, à la fois par les pouvoirs publics, par les élus, et par la population”  déplore Bernard Valézy, vice-président de l’ARPD.

Contrairement aux mineurs ou personnes vulnérables, pour les majeurs, seules des absences jugées “inquiétantes” par les policiers ou les gendarmes, sur la base d’éléments convaincants, seront ajoutées au fichier des personnes recherchées (FPR) et feront l’objet de recherches. Il faut pour cela que les enquêteurs aient des raisons de penser qu’il peut s’agir d’un crime, d’un accident… et non d’un départ volontaire. Car “en France, un majeur est libre d’aller et venir comme il l’entend, sans nécessairement en informer ses proches. Disparaître n’est pas une infraction pénale », rappelle l’Office central pour la répression des violences aux personnes (OCRVP).

Aux cas enregistrés dans le Fichier des personnes recherchées, le commissaire divisionnaire en prolongation d’activité, ajouterait bien le “chiffre noir” des disparitions de majeurs non inscrites au fichier, car pas nécessairement inquiétantes pour les forces de l’ordre. Des situations qui autrefois faisaient l’objet d’une “Recherche dans l’intérêt des familles (RIF)” pour environ 4 à 5000 cas par an à l’époque. Avant que ce dispositif ne soit abrogé en avril 2013, par Manuel Valls, alors ministre de l’Intérieur de François Hollande, déplore Pascale Bathany, présidente de l’association qui aide depuis 16 ans les familles à la recherche d’un proche.

Ils ajouteraient bien aussi celui des disparus pour lesquels l’enquête a été clôturée sans avoir abouti, et qui sortent des statistiques dans les mois qui suivent. 

Hugues, Adrien, Anne-Charlotte, Valentina… ils ont disparu dans nos départements

Dans la Loire, Jean-François cherche à comprendre ce qui est arrivé à son frèreHugues Gutton, un Stéphanois de 50 ans, aide-soignant à Saint-Chamond, qui a disparu dans la soirée du 30 novembre 2013, sur le plateau du « Bessy » à Roche-la-Molière. A Firminy, les parents d’Adrien Fiorello veulent savoir si la disparition de leur fils est liée au dossier “Nordahl Lelandais”. Son cas fait partie des six affaires examinées en priorité : le matin du 6 octobre 2010, le jeune homme, alors âgé de 22 ans, est parti pour la faculté de droit à Saint-Etienne. Mais c’est près de la gare de Chambéry que son portable a borné pour la dernière fois, dans la soirée. Chambéry où Nordahl Lelandais vivait à l’époque… Les enquêteurs de la police judiciaire viennent de rediffuser un avis de recherche, avec son visage vieilli.

En Haute-Loire : la famille d’Abdelhady Nasser, un ouvrier en bâtiment disparu au Puy-en-Velay en 2010, a demandé elle aussi l’aide de l’ARPD.

1000 personnes disparaîtraient définitivement chaque année

En Auvergne-Rhône-Alpes, Assistance et recherche des personnes disparues (ARDP) compte une cinquantaine de dossiers ouverts… certains récemment, d’autres depuis une dizaine d’années, explique Philippe Folletet, commissaire de police retraité, enquêteur de l’association et adjoint de l’antenne Rhône-Alpes. Et chaque année, les 140 bénévoles en France sont saisis par près de 200 familles à la recherche d’un proche.

Un tiers des membres de l’ARDP sont des policiers, gendarmes, détectives, magistrats en activité ou retraités, un tiers des proches de personnes disparues, et un tiers des membres de la société civile. Conseil juridique, psychologique… ils accompagnent les familles de disparus et, pour celles qui le souhaitent, entament ce qui s’apparente parfois à une contre-enquête, épluchent le dossier à la recherche de pistes nouvelles ou inexploitées…

Un fichier unique, des bases de données, des statuts

Certaines de ces personnes disparues sont peut-être parmi les quelques 1000 corps non identifiés qui sont retrouvés chaque année (là encore, une estimation car la fourchette va de 500 à 3000 selon les sources). Et c’est là l’un des principaux combats de l’ARPD et l’une de ses 33 propositions aux pouvoirs publics : la création d’un organisme interministériel chargé des disparitions de personnes (à l’image de la Mivilud pour lutter contre les sectes) et d’un fichier unique des disparitions (inquiétantes ou pas) et des enterrés sous X.

Une base de données spécifique (alors que le Fichier des personnes recherchées contient aujourd’hui aussi bien les personnes disparues que les criminels en cavale…) qui permettrait de donner parfois un nom à un corps non-identifié, et à une famille de faire son deuil. Ou encore qui ouvrirait la possibilité aux disparus volontaires (si ce statut était créé) de se signaler tout en conservant la confidentialité de leur lieu de repli, pour rassurer, un peu, leurs proches.

“Nous travaillons également avec des médecins légistes, une association odontologique, le conseil de l’ordre des chirurgiens-dentistes…’” explique Bernard Valézy. Objectif : recueillir un maximum d’informations (données génétiques, dentaires, dactylaires…) pour identifier ces enterrés sous X. Aujourd’hui leur ADN n’est pas systématiquement recueilli, ni celui des familles qui recherchent un proche disparu… Des familles pour lesquelles l’association espère également obtenir le statut de victime. 

/ Photo Le Progrès

Ils cherchent un fils, un conjoint, un parent…

Dans l’AinAnne-Charlotte Poncin, une jeune femme sportive de 30 ans, s’est volatilisée en fin de matinée le 5 janvier 2016 à Ambérieu-en-Bugey. Sa femme Margaux et ses parents attendent des réponses… Pas d’avancées non plus pour Alexandre, le fils de Valentina Hulas, disparue après sa dernière hospitalisation au Centre psychothérapique de Bourg en Bresse (fermé depuis) où elle avait été admise en mars 2003.

Dans le Rhône : La famille d’Abed El Fattah Al Awa, installée à Oyonnax, n’a pas toutes les réponses, mais a pu l’enterrer en novembre 2019. Le jeune Syrien de Damas, avait disparu de Villeurbanne en 2013, laissant comme dernier indice un billet de train pour Modane… un crâne, trouvé en août 2018 en Savoie, a été identifié comme le sien. A Lyon, le dossier de Luc Desplanque, 74 ans, disparu le 10 décembre 2018 est aujourd’hui entre les mains d’un enquêteur bénévole de l’ARDP.

En Côte-d’Or : Isabelle Thion, employée dans une école maternelle à Dijon, a disparu dans le canton de Pouilly-en-Auxois en 2011. La femme célibataire de 52 ans n’a plus donné signe de vie depuis un message laissé sur le répondeur téléphonique de Nicole, sa mère, le 13 juillet…

Dans le Jura : Une nuit de février 2018, Janique Aubry (née Choquet) a disparu. La mère de famille semble avoir quitté son domicile de Salins-les-Bains à pied, sans téléphone portable ni moyens de paiement, ni sac à main… sa famille est toujours dans nouvelles.

Des groupes crée sur facebook pour lancé les appels à témoins :

Sur facebook, vous trouvez plusieurs groupes entièrement attachés à aider les personnes. Les familles sont parfois démunis de l’impact des réseaux sociaux. Et certaines personnes prennent le relais en diffusant massivement les appels à témoins.

Le Groupe Alerte disparitions d’enfants et Affaires inquiétantes mais aussi la page Ensemble retrouvons-Les ou Recherches & Ressources Entraide se mobilisent chaque jours pour aider ces familles à retrouver les proches disparus.

Parfois de petites contribution, qui marche fortement parce que tous ces petits groupes réunissant des milliers de membres permettent encore plus une large diffusion des informations ou des avis de recherches.

Mais il ne faut pas en oublié la mise à jour, et c’est ce que nos collaborateurs se charge de faire lorsque les personnes sont retrouvés. Ils permettent rapidement le droit à l’oublie d’une personne disparue retrouvée.

Grâce à eux, leur travail est reconnu d’interêt par ces familles qui auront quoi qu’on en dise besoin des réseaux et des médias pour aider leur proches à rentrer chez eux.

D’après LP et RD CAP