« Disparues de Perpignan »: portrait glaçant d’un meurtrier agissant par « frustration »

AFP / RAYMOND ROIG

« Comme un jouet », Jacques Rançon « casse » ses victimes quand il n’est pas « satisfait »: les experts ont dressé un portrait glaçant du « tueur de la gare de Perpignan », mardi au deuxième jour de son procès devant la cour d’assises des Pyrénées-Orientales.

Originaire de Picardie, cet ancien cariste-magasinier de bientôt 58 ans est jugé pour avoir violé, tué et mutilé deux femmes en 1997 et 1998. Il lui est aussi reproché d’avoir tenté de violer une autre femme et d’en avoir laissé une quatrième pour morte.

Pour les psychiatres, pas de doute: la base des agissements criminels de l’accusé, c’est une enfance misérable, doublée d’une première agression sexuelle commise à l’âge de 16 ans, pour laquelle il n’a jamais été condamné.

A l’époque, les gendarmes avaient convaincu la victime de ne pas porter plainte, arguant que l’agresseur était un pauvre malheureux.

Rançon avait alors tenté d’étrangler Marie-Hélène, « toujours très marquée », a-t-elle dit à la Cour. Or c’est « peut-être » là qu’il a découvert « le plaisir », selon le Dr Roger Franc, psychiatre. « Le plus important dans ses agressions, c’est le moment où il maîtrise et étrangle ».

Pour ce spécialiste, l’accusé ne passe à l’acte que parce que la victime ne se « laisse pas faire ». Ce fut le cas avec Moktaria Chaïb le 20 décembre 1997 puis Marie-Hélène Gonzalez, le 16 juin 1998.

« Il ne supporte pas le refus. Ce serait plutôt une source d’excitation », a insisté le Dr Franc.

« Il commet ses actes quand il est frustré sexuellement », a renchéri le second psychiatre, Pierre-André Delpla, soulignant que Rançon « ne choisit pas (ses victimes) vilaines » mais parce qu’elles « le mettent en branle ».

« Le mot est bien choisi: je tente ma chance. Je suis comme un enfant. Je prends. Mais si le jouet réagit, je le casse quand je ne suis pas satisfait », a poursuivi l’expert.

– « Appropriation » –

« Pour lui, les femmes sont vénales et infidèles. Ce sont toutes des salopes. Il ne prononce jamais le mot +violé+. Il dit faire l’amour », a également observé la psychologue clinicienne Danielle Cany, estimant que sa capacité « à répéter ses actes sans arrêt » le « rend dangereux ».

« Cette répétition des actes fait de cet homme un pervers », a confirmé un second psychologue, Alain Penin.

Pour les parties civiles, Me Étienne Nicolau s’est étonné des « périodes blanches » de Rançon: 16 années entre sa première agression sexuelle et la seconde qui lui vaut une condamnation ; ou entre 1998 et son interpellation en 2014.

Il est « inutile de fantasmer sur d’autres faits », ont répondu les experts. « Ses accalmies » coïncident avec des périodes où « narcissiquement, il est mieux », a constaté le Dr Franc. « Lorsqu’il est avec Carole ou avec Lolita », sa dernière compagne, qu’il rencontre quand elle a 16 ans, il se tient tranquille, a poursuivi le Dr Delpla.

Quant à la mutilation des corps et le vol des vêtements, le Dr Franc s’est voulu prudent. La volonté affirmée de l’accusé d’effacer ses traces n’explique pas tout. Et de relever qu’il y a sûrement dans ce geste « une appropriation » et « une dimension fétichiste ». Mais « je n’ai pas la preuve », a-t-il admis.

Les experts divergent dans leur diagnostic vis-à-vis de cet homme égocentrique et à l’intelligence limitée.

Pour le Dr Franc, Rançon ne souffre d’aucune « altération du discernement ». L’expert détecte « chez lui un certain sadisme et une méconnaissance de l’autre. On est dans un scénario pervers ».

Pour le Dr Delpla, certes, c’est un « grand psychopathe », « quelqu’un de primaire » mais il est « neurologiquement défaillant ». « Son cerveau est malade. Ce n’est pas un sadique pervers », a-t-il affirmé.

Sur le banc, Rançon, tête toujours baissée, semble être très loin. Il n’a quasiment pas dit un mot mardi. Contrairement à la veille, il a voulu donner une meilleure image de lui: il s’est lavé les cheveux et s’est coiffé. Le verdict est attendu le 26 mars.

Avec AFP

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