Pour les jeunes militantes féministes, « de grands combats restent à mener »

Egalité salariale, harcèlement de rue, violences sexuelles, ou pilule pour homme: pour la nouvelle génération de militantes féministes âgée de 18 à 20 ans, la lutte pour l’égalité est loin de s’être achevée avec les grands combats des années 60-70.

« L’IVG, la pilule, ce sont des droits acquis mais que l’on peut encore perdre et qui sont menacés dans d’autres pays comme en Pologne », alerte Coline, étudiante de 18 ans. Selon elle, « il reste de grands combats à mener pour les droits des femmes comme l’égalité salariale, le harcèlement de rue ou la pilule pour homme ».

Pour Lilie Verstraten, co-présidente de la Fédération des Maisons des Lycéens (FMDL), « on est passé de revendications vitales pour les femmes, à des revendications plus précises mais qui doivent permettre d’atteindre l’égalité pleine et entière ».

« Les combats des années 60-70 étaient une première impulsion féministe révolutionnaire. Nous nous plaçons aujourd’hui dans cette lignée. Elles partaient de zéro, nous partons d’un peu moins loin, et c’est sans doute ce qui fait dire à beaucoup de gens aujourd’hui que nous exagérons en demandant toujours plus de droits », estime de son côté Héloïse, étudiante en théâtre de La Sorbonne, à Paris.

Si Olympe de Gouges, Simone Veil et Simone de Beauvoir font toujours partie des références des jeunes militantes, leurs sources d’inspiration sont aujourd’hui plus diverses et vont des militantes Caroline de Haas ou Rokhaya Diallo à Christiane Taubira, en passant par la youtubeuse Marion Seclin, la journaliste Lauren Bastide ou la figure internationale de Malala Yousafzai.

« Virginie Despentes a une vision du féminisme assez différente du discours commun notamment par rapport à la prostitution. Cela m’a fait réaliser qu’il y a plein de façons d’être féministe », témoigne Héloïse.

« La lutte est moins dans les grandes actions que dans le changement des mentalités au quotidien et sur les réseaux sociaux comme l’a montré +Metoo+ », le mouvement de dénonciation des violences sexuelles intervenu après l’affaire Weinstein, remarque Coline. Un constat partagé par Julia, étudiante en Sciences politiques de 18 ans, pour qui la « manifestation est moins sacralisée » mais qui ne ressent pas pour autant un « manque de mobilisation ».

– ‘Diabolisation des féministes’ –

Pour des jeunes femmes plus éloignées des cercles militants, les revendications féministes sont dépassées. « Le droit de vote, d’avoir un compte, la pilule, ce sont des droits acquis maintenant. Je ne vois pas pourquoi on irait nous les retirer et je ne vois pas non plus de nouveaux grands combats à mener », assure Andréa, une étudiante toulousaine de 19 ans. « En France, il y a des choses plus importantes maintenant comme l’environnement ou le harcèlement scolaire », défend-elle.

Des arguments battus en brèche par les jeunes militantes pour qui il faut rester vigilantes. « Ma mère m’a toujours répété: +Vous la nouvelle génération, vous tenez ces droits pour acquis mais ce sont des choses pour lesquelles vous devrez continuer à vous battre+ », rapporte Léana, 18 ans, étudiante en droit à Paris.

Lilie trouve « un peu dommage que la lutte féministe soit considérée comme moins importante aujourd’hui ». « Toutes les violences faites aux femmes nourrissent un système : il ne devrait pas y avoir de hiérarchie au sein des luttes », déplore-t-elle.

Les principaux défis du féminisme selon les militantes aujourd’hui ? Mieux intégrer les hommes au mouvement et lutter contre le « sexisme intégré qui empêche les femmes de faire un travail de déconstruction des stéréotypes genrés » pour Julia, « lutter contre la diabolisation des féministes » pour Lilie, et rassembler les différentes mouvances féministes dans des combats communs.

« Avant on était plus sur des problématiques de femmes blanches ou fortunées. Aujourd’hui, les féministes travaillent à plus d’inclusion des minorités et des milieux populaires d’où l’apparition par exemple de l’afro-féminisme », explique Lila N’Gazi, secrétaire nationale au syndicat lycéen UNL-SD.

Par AFP

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