Insolite : À Cholet, les policiers ramènent le mari violent chez sa femme par erreur

Le juge d’instruction avait pourtant interdit au sexagénaire de contacter son épouse et de se rendre chez elle. Il a été renvoyé en détention provisoire, mercredi.
Daniel Lemahieu n’a pas regoûté longtemps à la liberté. Ce retraité choletais de 67 ans, mis en examen pour violences habituelles sur sa femme, est resté quatre mois en détention provisoire. Il est sorti de prison il y a une semaine. Mais a été incarcéré mercredi 7 mars.

En couple depuis 42 ans

Ce chef d’entreprise a été interpellé le 2 novembre dernier. Sa femme venait d’envoyer un SMS désespéré à une voisine, après trois jours de coups de son conjoint. Un énième épisode de violences conjugales pour ce couple uni depuis 42 ans. Comme en témoigne une plainte pour violences, déposée en 1997, mais dont la réponse pénale reste un mystère.
« Avenir pavé d’or »

Le sexagénaire est allé au terme de sa détention. Lors d’une demande de remise en liberté anticipée, mi-novembre, son discours déconnecté de la situation, avait inquiété l’avocat général Olivier Tcherkessoff. « Ce que je souhaite le plus au monde, c’est que ma femme guérisse de l’alcoolisme, soutenait le mis en examen. Pour son anniversaire, on devait aller à Rome. Notre avenir était pavé d’or. » Très loin des marques de sa compagne, de ses deux côtes cassées et des deux dents sur pivot manquantes, conséquences probables de coups de pied au visage.
« Sans sortie organisée, risque de pression »

« Aujourd’hui, sans sortie organisée, il y a risque de pressions sur sa femme et ses filles, et de réitérations, soutenait le représentant du ministère public. Je veux des solutions concrètes pour que la victime soit protégée. » Libéré de plein droit il y a une semaine, Daniel Lemahieu n’avait pas le droit de téléphoner à sa femme, encore mois de se présenter chez elle.
« Facilitation, médiation »

Pourtant, dès sa libération vendredi 2 mars, il passe des coups de fil… à sa femme. Pour récupérer sa voiture, des affaires, de quoi travailler. Pire, il revient au commissariat de police de Cholet, le lendemain. Aux fonctionnaires, il exprime sa détresse. Contre toute attente, les policiers décident… de le ramener chez lui. Malgré l’interdiction signifiée par le juge d’instruction. « Il souhaitait être raccompagné pour récupérer ses affaires, reconnaît le commissaire de Cholet, Salah Belbellaa. L’équipage est resté. C’est peut-être une erreur d’appréciation mais il n’y avait de notre part aucune volonté de violer le contrôle judiciaire. Nous étions dans un rôle de facilitation, de médiation. »
Retour derrière les barreaux

Au parquet, la procureure adjointe Céline Maigné confirme avoir pris des dispositions. « Son contrôle judiciaire a été révoqué. » Déféré au parquet mercredi, le retraité est retourné derrière les barreaux. Mais cette affaire illustre l’absence de solution pour les conjoints violents ou agressifs quand ils sont exclus du foyer conjugal.
Avant, des appartements

Pendant cinq années, le département du Maine-et-Loire a mis à disposition des appartements pour les conjoints évincés de leurs foyers. Une expérience qui n’a pas été reconduite. Dommage : elle permettait d’éviter ce genre de situations.

Source Ouest- France

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