La vision de la GPA dans un livre

Le Foyer des mères heureuses, roman de l’indienne Amulya Malladi, est paru il y a un mois au Mercure de France. Un roman sur la GPA qui ménage tous les points de vue : celui des parents d’origine indienne, qui vivent en Californie, et qui attend qu’Asha, mère porteuse qui vit en Inde, accouche de leur tout premier enfant, celui qu’ils ont désespérément attendu, rêvé, pleuré, pendant des années.

Priya et Madhu, couple d’indiens très occidental, vivent en Californie depuis des années. Ils travaillent tous les deux, ont une bonne situation. Seule ombre au tableau, et pas des moindres, ils n’arrivent pas à avoir de bébé. Priya a fait plusieurs fausses couches et ils sont démunis. Dernièrement, ils ont pris la grande décision de passer par la GPA. Et désormais, Asha, qui vit en Inde, porte leur enfant. Une situation inédite pour les 4 personnages principaux du roman : Asha n’a jamais été mère porteuse mais y a été encouragée par ses amies, et son mari, afin de payer les études de leur fils aîné.

Le Foyer des mères heureuses, Amulya Malladi s’attache à développer les points de vue des deux « mères ». La mère biologique, qui vit aux Etats-Unis, loin du bébé qui grandit dans le ventre d’une autre. Et celui d’Asha, jeune indienne déjà maman de deux enfants, encouragée par sa famille et la pression sociale à faire quelque chose qu’elle n’aurait jamais imaginé faire… Ses émotions sont aussi troubles pour nous que pour elle. Tout se passe très bien et elle rejoint même un « foyer » pour les derniers mois de sa grossesse, sorte de « pause » dans sa vie d’épouse et de maman indienne sans arrêt occupée par les tâches ménagères et autres obligations.

Quant à Priya, la situation est inédite et déconcertante pour elle aussi. Pour s’aider, elle s’est inscrite sur un forum de femmes qui ont recours à la GPA. Amulya Malladi nous retranscrit certaines discussions issues de ces forums, présentant ainsi plusieurs points de vue et expériences. Même si elles sont romanesques, ces expériences rapportées semblent tout à fait tirées de la vie réelle.

Après avoir perdu son travail, Priya aura l’occasion de se rendre en Inde. Parce qu’elle ne supporte plus d’être loin de son enfant, de ne pas être auprès d’Asha qui le porte. Sans la déranger, juste se rapprocher, être dans le même pays, « au cas où ». Et l’aider, financièrement, concrètement, en échange de ce cadeau, si beau qu’il en est irréel, qu’Asha lui fait. Parce que cet échange d’argent, bien que conséquent, ne sera jamais suffisant aux yeux Priya qui réalise son rêve le plus fou grâce à cette femme qu’elle ne connaît pas.

Le Foyer des mères heureuses est un très beau roman. Très pudique. On déroule délicatement le fil de ces existences bouleversées par cet enfant, si attendu d’un côté, presque redouté de l’autre. Comment se passera l’accouchement ? Asha risque-t-elle sa vie pour donner naissance à un enfant qui n’est pas le sien ? Qui ne rejoindra pas sa famille ? Voudra-t-elle le voir à la naissance ? Mais Asha sait pourquoi elle le fait, et reste volontaire tout au long de cette grossesse. Et du point de vue de Priya, qui ne sait que penser de ce qu’elle fait vivre à cette femme, le bébé naîtra-t-il sain, en bonne santé ?

Le Foyer des mères heureuses présente avec pudeur et émotion l’ensemble des points de vue dans le cadre d’une GPA. Amulya Malladi ne porte aucun jugement, se contentant de raconter ces histoires telles qu’elles sont, en respectant les choix de chacun et en nuançant toute idée préconçue. Parce qu’il s’agit de femmes, de mères, que chaque démarche est honorable et justifiée.

« Tu es en train de changer ta vie, Asha. Tu es une mère porteuse pour que ta fille aussi fasse des études et devienne indépendante plus tard. »

Source SMAL

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