SUISSE : Lourde peine requise contre le père de huit enfants jugé pour inceste et viols en famille.

«C’est un être bestial, primitif, frustre, un grand danger pour les siens.» Le procureur Christian Maire a requis vendredi 16 ans de prison contre le père de huit enfants jugé depuis mardi devant le Tribunal criminel siégeant à Renens. Les deux défenseurs, Me Loïc Parein et Me Jonathan Rutschmann, ont plaidé le bénéfice du doute et la clémence pour cet homme qui conteste l’entier des actes ignobles reprochés.

Contre l’épouse de monsieur, qui répond de complicité, le Ministère public a demandé une peine de 3 ans, dont 6 mois ferme. Au côté de cette femme qui a admis avoir souvent frappé ses enfants et qui a présenté ses excuses, Me Laurent Gilliard estime qu’elle mérite une peine entièrement compatible avec le sursis, soit de 2 ans au maximum.

Silhouette massive, cheveux longs, barbe foisonnante, l’accusé répond essentiellement d’inceste, de viols, de contrainte sexuelle commis durant près de douze ans sur plusieurs de ses enfants. Sa femme aussi figure parmi les plaignants.

«Affaire exceptionnelle»

Aux yeux du procureur, le doute n’est pas permis. Pour fonder sa conviction, il fait remarquer que les auditions des enfants contiennent des éléments de véracité et des détails qui ne s’inventent pas. «Cette affaire est exceptionnelle, a-t-il souligné, tant par la gravité des actes commis que par leur durée, le nombre de victimes et le temps qu’il a fallu pour retirer les enfants, le temps de crever la bulle dans laquelle la famille s’était retirée.»

Les faits reprochés flanquent la nausée. Ils se sont déroulés au domicile de cette famille vaudoise. Ils concernent principalement les deux filles aînées, abusées depuis leur plus jeune âge, mais les autres membres de la fratrie n’ont guère été épargnés. L’un de leurs frères au moins a lui aussi témoigné de contraintes hallucinantes, allant jusqu’à devoir sodomiser son père sous peine de se faire «casser la gueule».

«Il fallait avoir le cœur bien accroché pour entendre ce père vomir comme il l’a fait sur ses enfants»

L’homme a été dénoncé par sa fille aînée alors tout juste majeure en 2015. Elle craignait que son papa s’en prenne aussi à la petite dernière, née en 2014. Après ces révélations, sa sœur un an plus jeune s’était enfuie de la maison en pyjama et pieds nus, de peur que son père s’en prenne à elle.

Un roman de Zola

«Dans l’horrible histoire de cette famille, digne d’un roman de Zola, l’existence était marquée par toutes sortes d’abus à la limite du concevable», a souligné le procureur. Mais surtout: «Il fallait avoir le cœur bien accroché pour entendre ce père vomir comme il l’a fait sur ses enfants.»

Le Service de protection de la jeunesse (SPJ) était pourtant intervenu chez ces gens depuis 2001. Ils bénéficiaient d’aides à domicile, de soutien en matière scolaire et d’éducation notamment. Or l’enfer sexuel qui régnait à la maison n’a pas été détecté. «Cela peut s’expliquer par la méfiance des parents envers les professionnels, a supposé le Parquet. Ils craignaient de se faire retirer les enfants.» Il demeure que la maman avait fait part au SPJ à plusieurs reprises de doutes sur le comportement de son mari. On lui avait répondu qu’il n’y avait pas de quoi s’inquiéter. Les choses en étaient restées là.

«Pour eux, c’était normal»

Seule la fille aînée a assisté au procès en la présence de son père. Qui lui a lancé à l’issue de l’audience: «Même si tu m’as dénoncé, sache que je t’aime.» Bien que dispersée à la suite de ce drame, cette famille de mormons semble cultiver encore une valeur fondamentale de sa religion. «La protection de la famille est pour eux ce qui importe le plus, persuadés qu’ils sont que le salut éternel se gagne en famille ou pas du tout», observe Me Maëlle Le Boudec, au côté de cette jeune femme. Et d’ajouter: «À force d’être abusés, les enfants ne savaient même pas que cela n’était pas la norme.» Avocate de la seconde des grandes filles, Lory Balsiger a salué le courage de ces enfants, qui ont surmonté la honte et les pressions de certains membres de leur famille en dénonçant ce qu’ils ont subi.

Me Xavier Rubli, représentant de six des enfants, a imploré la Cour de faire en sorte que l’accusé ne puisse pas nuire à nouveau à sa famille lorsqu’il sortira de prison: «Les enfants ont peur qu’il se venge, et la plus jeune sera peut-être encore mineure.»

Les défenseurs, eux, plaident le doute. «Quand on entend toutes ces déclarations, qu’on sait leur provenance, il faut prendre la responsabilité de dire on ne sait pas», a lancé Me Parein. Il a rappelé que l’expertise n’a retenu contre son client ni un diagnostic de pédophilie, ni celui de prédateur qui s’en prendrait à n’importe qui, ni une mesure d’internement. Son confrère, Me Rutschmann, a ajouté: «Je vous demande de faire l’effort intellectuel de vous dire: et si ces accusations étaient fausses?»

Verdict jeudi 29 mars. (24 heures)

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