A son procès, la présumée « veuve noire » décrite comme obsédée par l’argent

« Elle pense seulement à l’argent »: un enquêteur de personnalité a brossé lundi à l’ouverture de son procès un portrait peu flatteur, dénoncé par la défense, de Patricia Dagorn, accusée d’être une empoisonneuse en série venue sur la Côte d’Azur escroquer des veufs, dont deux sont morts.

Dans le box des accusés, Patricia Dagorn, 57 ans, est apparue flottant dans un survêtement rouge et noir trop grand, une allure dépenaillée sans rapport avec l’engageante femme blonde ayant tout plaqué dans le Gers pour s’inscrire dans une agence matrimoniale en 2010 et rencontrer des hommes âgés jusqu’à 80 ans ou plus dont elle espérait de l’aide pour monter sa société.

Bijouterie, art ou pizzeria, elle avait créé plusieurs entreprises au registre du commerce.

Mais sous ce vernis, ses avocats Me Georges Raimondi et Cédric Huissoud ont eu beau jeu de démontrer qu’elle était une paumée, ayant croisé la route de hommes au profil varié, y compris des vagabonds sans le sou.

Instillant le doute dès le premier jour du procès prévu jusqu’à jeudi devant la cour d’assises des Alpes-Maritimes, ils ont posé de nombreuses questions.

Avait-elle fait établir un testament au premier retraité qu’elle est accusée d’avoir assassiné par empoisonnement en février 2011, Francesco Filippone, ancien artisan du BTP découvert mort dans la baignoire de sa belle villa de Mouans-Sartoux ?

« On n’en a pas retrouvé », a admis un enquêteur à la barre.

Ciblait-elle uniquement des hommes riches et âgés ? Non, Michel Kneffel, qu’elle est accusée d’avoir assassiné en juillet 2011 avec un mélange d’alcool et de médicaments, avait 65 ans et vivait à la rue.

– Bûche au Lexomil pour le réveillon –

L’avocate générale s’est aussi étonnée qu’une femme aussi intelligente ait pu se faire établir un testament par ce SDF, ainsi que par un autre repris de justice cité dans l’enquête. « Ces gars lui mentaient et Kneffel avait soi-disant une maison en bordure d’Arcachon », a répondu l’enquêteur.

Patricia Dagorn, qui nie tous les faits qui lui sont reprochés, risque la perpétuité.

AFP / VALERY HACHERobert Vaux arrive au tribunal de Nice, le 15 janvier 2018

Elle est également accusée d’avoir tenté de droguer un retraité niçois, Ange Pisciotta, en mettant du Lexomil dans la bûche lors d’un réveillon fin 2011 et d’avoir administré du Valium à un fringant nonagénaire de Fréjus, rencontré peu après, Robert Vaux.

Cet ancien marin à la retraite confortable et très seul depuis le décès de son épouse, l’avait prise sous son aile et logée début 2012.

« C’était comme un rayon de soleil en hiver. Quand vous êtes avec une femme plus jeune, on sait que cela ne va pas durer mais on n’est pas maso, on ne va pas refuser un bon moment », a raconté à la presse Robert Vaux. « Dans la semaine où j’allais très mal, elle a écrit deux lettres et fait un fax à mon notaire demandant la jouissance de tous mes biens. A l’époque, même la pharmacienne m’avait dit : +Robert, t’es en danger, tu pourrais écrire un roman noir!+ », a-t-il poursuivi.

Son témoignage mardi est très attendu, comme celui de M. Pisciotta. Par avance, la défense s’est étonnée de leur plainte bien tardive après les faits.

Selon l’accusation, Patricia Dagorn, qui a fait à cette époque une vingtaine de rencontres en passant des petites annonces, agissait par appât du gain et cherchait à obtenir de l’argent ou à hériter de ses victimes.

« La vie de Patricia Dagorn est marquée par l’égoïsme depuis sa séparation, elle pense seulement à l’argent au détriment de ses enfants », a déclaré un enquêteur de personnalité, évoquant une femme sans scrupules et sans remords et s’attirant les foudres de la défense.

L’avocate générale est aussi revenue sur l’assurance-vie d’un million de francs touché par Patricia Dagorn au décès de sa propre mère en 1991 dans des circonstances qui n’ont pas fait l’objet d’enquête mais valent à Mme Dagorn des soupçons d’assassinat de la part de son propre demi-frère.

Patricia Dagorn a répondu qu’elle n’avait jamais vu la couleur de ce chèque, encaissé et dépensé par son mari, condamné peu après pour de graves violences conjugales à son encontre mais qu’elle a quand même épousé en prison avant de divorcer en 2005.

Source :  AFP

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