Gironde : la mère accusée de cinq infanticides évoque un « déni total »

« Pour moi, ce n’était pas mes enfants » : Ramona Canete, 37 ans, jugée devant la cour d’assises de Gironde pour cinq infanticides de nouveau-nés, a évoqué mercredi un « déni total » de ses grossesses, toutes menées à terme, pour tenter d’expliquer ses actes.

« Quand j’entends les experts, je réalise que ce sont des enfants. Mais il n’y a pas de côté affectif de ma part », souffle cette mère de deux filles jugée depuis lundi à Bordeaux pour les homicides de cinq nouveau-nés entre 2009 et 2015 à Louchats, dans le sud du département.

C’est là, dans la maison familiale, que le 19 mars 2015, une des filles de l’accusée avait découvert sous un paquet de linge un cadavre de nouveau-né dissimulé dans un sac isotherme. Les gendarmes avaient ensuite retrouvé quatre autres bébés dans un congélateur du domicile.

Cinq nourrissons, trois garçons et deux filles, « tous nés viables, vivants, à terme » et qui sont morts « par syndrome asphyxiant », ont précisé les médecins légistes entendus mercredi.

Interrogée pour la première fois en détail sur ses actes, l’accusée, longs cheveux noirs, frêle silhouette, peine à s’exprimer, hésite, baisse les yeux.

Si elle a toujours reconnu qu’elle avait laissé ses bébés au fond de l’eau après avoir accouché dans la baignoire, avant de les congeler, elle a dit à l’audience ne pas se souvenir réellement des événements.

« Ce sont des flashes dans ma tête. C’est flou, je n’arrive pas à remettre en ordre », explique-t-elle. « Ces grossesses, je les ai cachées aux autres et à moi-même. J’étais dans un enfermement, je ne voyais pas d’issue. J’ai à peine conscience que je suis enceinte. Je ne pouvais pas y penser, je ne voulais pas y penser », lâche-t-elle.

– « Point de bascule » –

Un « déni » confirmé dans l’après-midi par l’experte psychologue. « Il ne s’agit pas d’un déni de l’état de grossesse, mais d’un déni de maternité : elle n’investit pas ces enfants, pour elle, ils n’existent pas », insiste l’experte qui évoque une personnalité « passive, introvertie » face aux difficultés.

Tout cela dans un climat familial délétère, empreint de violences conjugales. L’accusée, qui donne naissance à sa première fille à l’âge de dix-huit ans, évoque « l’enfermement » qu’elle subit dans son couple, avec un mari décrit au fil des audiences comme « très jaloux, voire violent », qui surveille tous les déplacements de sa femme.

« Si j’en suis arrivée là, c’est par ce manque de liberté, cet espace de liberté que je n’ai pas eu, avoir le choix de mon médecin, pouvoir me faire suivre correctement », explique-t-elle.

Elle décrit des « rapports sexuels non consentis » avec son mari, Juan Carlos Canete, un agriculteur de 42 ans. « Il est demandeur, insistant. J’exprime mon refus, je pleure pendant les rapports, je pleure après les rapports », relate l’ancienne horticultrice.

Le père de famille, disculpé pendant l’instruction, a réaffirmé à l’audience qu’il n’avait jamais rien su des cinq grossesses de son épouse.

« J’avais du dégoût pour mon mari. Je me suis forcée à avoir des rapports avec lui pour que mes filles n’entendent pas les disputes », dit l’accusée. Selon elle, ce dégoût remonterait à 2009, au moment où elle a été informée que deux plaintes avaient été déposées à l’encontre de son mari pour « exhibitionnisme ».

A partir de ce moment-là, « j’ai fait un blocage total sur mon mari, il n’y avait plus de dialogue possible », dit-elle. En 2006, enceinte alors que le couple ne voulait plus d’enfants, elle avait eu recours, en accord avec son époux, à une interruption volontaire de grossesse. « En 2006, je n’étais pas encore au courant de son exhibitionnisme », se justifie-t-elle.

« Il y a eu un moment de bascule », confirme l’experte psychologue. « Sur 2009, elle dit +il m’interdisait tout, lui ne s’interdisait rien+ ».

AFP

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