Bordeaux: 12 ans requis contre une mère accusée de quintuple infanticide

AFP / MEHDI FEDOUACH

Douze ans de réclusion ont été requis jeudi contre Ramona Canete, une mère de 37 ans, jugée depuis lundi par la cour d’assises de Bordeaux pour l’infanticide de cinq de ses nouveau-nés à Louchats (Gironde), de 2009 à 2015.

“L’infanticide ne peut être considéré comme un moyen de contraception”, a insisté l’avocat général Xavier Chavigné. La mère encourait une peine de réclusion à perpétuité pour ces meurtres sur mineurs mais l’accusation a pris en compte le profil de son mari, “dépressif, jaloux et possessif”.

“Nous ne sommes pas dans un déni de grossesse mais il y a un déni de maternité”, a encore souligné M. Chavigné, reprenant les conclusions d’une experte psychologue. Pour elle, ses enfants “n’existent pas”, avait-elle expliqué, évoquant une personnalité “passive, introvertie” face aux difficultés.

Si elle a toujours reconnu qu’elle avait laissé ses bébés, tous nés viables, au fond de l’eau après avoir accouché dans la baignoire, avant de les congeler, elle a dit à l’audience ne pas se souvenir réellement des événements.

Peu avant le réquisitoire, l’accusée, femme frêle au visage émacié, avait tenté une dernière fois d’expliquer son geste. “Je n’aurais jamais imaginé qu’un jour je serais capable de faire ça” (…) Je n’avais pas d’autre issue, j’avais tellement refoulé l’idée d’être enceinte que pour moi, dans ma tête, ces enfants ne pouvaient pas exister”, a-t-elle lâché entre deux sanglots.

Le président Jérôme Hars l’interroge alors sur son état d’esprit durant chaque grossesse menée à terme à l’insu de tous, entre 2009 et 2015. “C’est la confusion totale dans mon esprit, je suis en panique… Je ne les considérais pas comme mes enfants”, répond-elle avant de s’enfermer dans le silence.

Quand l’avocat général lui demande pourquoi elle n’a pas eu recours à la contraception, elle dit simplement que “c’est incompréhensible”. Mais ajoute qu’elle “était alors sous cette pression de ne pouvoir être libre de ses faits et gestes, d’être épiée, traquée” par son mari, au point de ne pouvoir consulter le médecin de son choix.

C’est lui, Juan Carlos Canete, qui avait donné l’alerte, le 19 mars 2015, après la découverte macabre du premier nourrisson caché dans un sac isotherme, au domicile conjugal, où les gendarmes avaient trouvé quatre autres bébés dans un congélateur.

Initialement mis en cause pour “non dénonciation de crimes” et “recel de cadavres”, cet époux dépressif suivi notamment pour actes d’exhibitionnisme, a été disculpé par l’instruction.

Le verdict est attendu vendredi.

Avec AFP

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