Pau: 15 ans de prison requis contre une mère accusée d’infanticide

Quinze ans de prison ont été requis jeudi contre une jeune mère de 32 ans, qui souffre du rare syndrome de maltraitance dit de « Münchhausen par procuration », jugée par la cour d’assises de Pau pour avoir étouffé sa fille de deux ans et demi afin d’attirer l’attention.

Laëtitia Pita-Viera est également accusée d’avoir essayé d’asphyxier à plusieurs reprises un autre de ses enfants, Mathis, hospitalisé pour des détresses respiratoires en 2005. Elle a reconnu ces faits, contrairement au meurtre de sa fille en 2014, qu’elle a avoué en garde à vue avant de se rétracter et continue de nier depuis.

L’avocat général, Marc Mariée, a requis une peine « de quinze ans de réclusion criminelle assortie d’un suivi socio-judiciaire ».

« Vous devez, a-t-il lancé aux jurés, rendre une décision à la hauteur de la gravité des faits. Quoi de plus grave que de tuer un enfant? Qui d’autre que vous peut réparer les faits commis sur Mathis, bébé de 7 mois, sur cette petite fille lorsque sa mère lui a bouché le nez et la bouche ».

« Vous n’aurez pas d’explications. Entre une vérité et un mensonge, nous ne saurons rien de ce qui s’est passé » en juin 2014 à Bussunarits-Sarrasquette (Pyrénées-Atlantiques), où la jeune mère vivait avec son mari et ses sept enfants, a fustigé l’avocat général.

« Mme Pita-Viera est intelligente, avide de se faire remarquer, elle n’a pas de pathologie, ce diagnostic est ressorti de toutes les analyses psychiatriques », a-t-il accusé.

Pour sa défense, la mère a expliqué qu’elle était « confuse », sous l’emprise de l’alcool le soir des faits (1,40 gramme par litre de sang à l’arrivée des gendarmes), avec des médicaments pris pour sa dépression… « C’est pas moi » pour Lyliana, a-t-elle répété à l’audience, reconnaissant cependant les faits commis en 2005 sur son fils: « J’ai mis ma main sur sa bouche pour qu’on s’occupe de lui ».

Laëtitia Pita-Viera souffre du syndrome de Münchhausen par procuration, une forme de maltraitance qui peut pousser un individu à blesser ou rendre malade un autre, souvent un enfant dont il a la charge, dans le seul but d’obtenir attention et compassion pour lui-même.

Mais ce syndrome n’est pas à proprement parler une maladie, a relevé Marc Mariée. C’est un trait de personnalité, il concerne deux personnes sur 100. 000. « Dans le cas de Mme Pita-Veira, ce qu’il faut voir ce sont les faits, les actes de tentative de meurtre et de meurtre, » a-t-il insisté.

« C’est entendu, Mme Pita-Veira est capable de faire du mal à un enfant. L’a-t-elle fait? A l’égard de Mathis, oui. A l’égard de Lyliana? Les psychiatres vous l’ont dit. Ce syndrome exclut toute intention de donner la mort. Je voudrais que vous reteniez ce doute qui existe », a lancé aux jurés l’avocat de l’accusée, Me Jean-Baptiste Bordas.

Le défenseur a de plus assuré que les analyses faites sur le corps de la petite Lyliana étaient insuffisantes et qu’on ne pouvait « pas exclure » que l’enfant soit morte d’un virus ayant provoqué une myocardie.

Vêtue d’un pull orange, cheveux tressés, Laettia Pita-Veira a prononcé d’une toute petite voix à peine audible à l’issue de l’audience: « Je n’ai rien à ajouter. J’aimerai toujours mes enfants, je regretterai toujours ce que j’ai fait à Mathis. »

Le verdict est attendu dans l’après-midi.

Avec AFP

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