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FAC DE DROIT A MONTPELLIER : Des étudiants en droit sont violentés dans l’enceinte de l’Amphithéâtre.

C’est une vidéo d’une violence rarissime qui circule sur les réseaux sociaux. A Montpellier, des étudiants violemment expulsés de la fac de droit par des individus cagoulés.

Cela se déroule à Montpellier, des étudiants de la Fac de Droit à Montpellier occupe l’Amphithéâtre. 

Le procureur de la République de Montpellier, Christophe Barrel, a décidé, vendredi 23 mars, d’ouvrir « une enquête pour des faits de violences en réunion et avec arme » après la violente agression par un groupe d’hommes cagoulés dont ont été victimes, dans la nuit de jeudi à vendredi, des étudiants qui occupaient un amphithéâtre de la faculté de droit de l’université de Montpellier.

Cette occupation avait été décidée quelques heures plus tôt, lors d’une assemblée générale qui avait réuni des participants de la manifestation opposés à la loi modifiant les règles d’accès à l’université, dont la nouvelle plate-forme Parcoursup. Ils avaient alors voté la tenue d’une nouvelle AG, vendredi à 8 heures, et choisi d’occuper les locaux dans l’intervalle pour s’assurer d’y avoir toujours accès.

Axel Pessemier, étudiant en troisième année de licence de l’université Montpellier-III-Paul-Valéry, faisait partie des occupants. Interrogé par Le Monde, il témoigne :

« Peu après minuit, nous étions tranquillement en train de manger, d’écouter de la musique. Nous étions encore 40 à 50 sur place, quand un groupe d’une dizaine d’individus, cagoulés et armés de bâtons et de morceaux de palettes de bois brisés se sont introduits dans l’amphithéâtre par les portes annexes, alors que les agents de sécurité de l’université gardaient les portes principales. Ils nous ont bousculés, frappés. Certains d’entre nous sont tombés à terre, ils ont encore été frappés. »

Alors que l’amphithéâtre était calme et sous le contrôle de la sécurité de l’université, « le groupe d’agresseurs est entré sans difficulté », souligne Thomas Levy, qui fait partie du personnel administratif de l’université Paul-Valéry et qui participe à la mobilisation. L’une des vidéos prises durant l’agression montre, en effet, des personnels de sécurité présents dans le haut de la salle alors que les agresseurs évacuent violemment les occupants en partant du bas ou des côtés de l’amphithéâtre.

Le doyen mis en cause

Plusieurs personnes assurent que le doyen de la faculté de droit, Philippe Pétel, aurait ouvert la porte aux agresseurs. Ainsi, Octave, étudiant d’une autre faculté et membre du syndicat Solidaires : «Un peu avant minuit tout le monde est sorti de l’amphi, parce qu’on a vu des personnes tout de noir vêtues et [le doyen] Pétel, entrer par une porte [de l’amphithéâtre] qui était fermée.» Octave est catégorique : «C’est le doyen qui a ouvert la porte. Je l’ai vu de mes propres yeux. Ils sont entrés dans l’amphi, ont frappé les étudiants, moi j’ai pris deux coups à la tête, un dans le ventre, j’ai des marques aux visages et le nez qui saigne. La sécurité incendie n’a rien fait, elle les a laissés faire. Les hommes en noir étaient une dizaine, cagoulés.»

Des professeurs reconnus

Octave, de Solidaires, explique aussi à Libération : «Des étudiants en droit ont reconnu [parmi les individus violents] des professeurs de la faculté. Un professeur en droit civil et un professeur d’histoire du droit.»

Le témoin anonyme cité plus haut corrobore : «Il y avait plusieurs professeurs avec les personnes cagoulées. Ils portaient des cagoules, mais on les a reconnus parce qu’ils étaient habillés de la même manière que la journée.» Libération a essayé d’entrer en contact avec ces professeurs, qui n’ont pas donné suite.

Emma (1), étudiante d’une autre faculté montpelliéraine, qui a fui l’amphi au moment de l’évacuation, explique qu’après être sortie de la fac, «à l’intérieur il y avait le doyen de l’université, il y avait d’autres adultes, des profs, des chargés de TD, et les hommes cagoulés à l’intérieur. On les a vus faire des gestes de joie» (voir vidéo ci-dessous).

Quelle est la position de l’administration de la faculté ?

Le rectorat a eu connaissance des accusations contre le doyen et des professeurs. «Pour l’heure, nous traitons ces informations comme des rumeurs. Elles circulent sur les réseaux sociaux et sont invérifiables», nous fait savoir l’administration.

Dans un premier temps, le doyen de la faculté, Philippe Pétel a répondu à France 3, expliquant n’avoir «fait rentrer personne» «Il y avait une bonne cinquantaine d’étudiants, ils ont voulu se défendre, je ne peux pas les en blâmer. Les étudiants en droit qui étaient là, ils étaient tous contre l’occupation […] Je suis assez fier de mes étudiants. Je les approuve totalement.» Une coupe réalisée au montage précède les dernières déclarations (qui concluent l’interview) : impossible donc de savoir précisément de quels étudiants Pétel est fier, et surtout pourquoi.

Le doyen a également répondu aux questions de Libération. Il évoque lui une «échauffourée», et pas du tout une agression à sens unique, même si les témoignages et les vidéos semblent indiquer l’inverse. Pour Philippe Pétel, les occupants étaient majoritairement des personnes extérieures à la faculté, venant d’autres établissements : «Certains ne posaient pas de problème, mais en revanche il y avait des violents. Vers minuit, l’échauffourée s’est terminée par l’évacuation. On a fini par fermer les rideaux de fer, les étudiants en droit sont restés à l’intérieur, les autres dehors.»

Il ajoute : «Parmi les personnes cagoulées, oui, c’est possible qu’il y ait eu un prof de droit. Les gens de la fac de droit défendaient leur fac.» Il nie toutefois avoir été présent sur les lieux de l’évacuation : «J’ai vu des cagoulés toute la journée mais je n’ai pas vu la scène dans l’amphithéâtre. Je ne suis pas à l’initiative de la venue de ces hommes en noir. On attendait la police.»

Plainte déposée, enquête ouverte

En milieu de journée ce vendredi, le ministère de l’Enseignement supérieur a publié un communiqué. La ministre Frédérique Vidal, «informée de l’intrusion» d’individus «encagoulés» dans la faculté, missionne l’Inspection générale de l’Education nationale et de la recherche (IGAENR) pour se rendre sur place dès lundi. Elle n’exclut pas d’engager des poursuites judiciaires.

Vendredi à la mi-journée, l’avocate Sophie Mazas a confirmé à Libération que plusieurs plaintes contre X pour violences volontaires ont été déposées à Montpellier par des personnes disant avoir été victimes des individus violents. Le président de l’université a également annoncé dans un communiqué porter plainte contre X.

D’après les informations de Libération, les étudiants qui occupaient l’amphi ont rencontré vendredi en fin de journée le préfet et la rectrice de l’Hérault. Ils demandent le renvoi du doyen, Philippe Pétel.

Plusieurs rassemblements ont été organisés au lendemain de l’évacuation dans la préfecture héraultaise d’abord, mais aussi à la Sorbonne, à Paris, ce vendredi à 19 heures.

(1) Les prénoms ont été changés.

Source Le Monde et divers

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