SOCIETE / MEDICAL : Et si on interdisait les relations sexuelles entre patients et médecins

Un généraliste lance une pétition pour interdire aux médecins d’entretenir toute relation sexuelle avec leurs patients. Il interpelle la ministre de la Santé, Agnès Buzyn.

Dans le huis clos d’un cabinet d’un professionnel de santé, s’impose parfois un autre silence que celui du secret médical. Ce sont ces gestes inappropriés tenus lors d’une consultation pouvant aller jusqu’aux abus sexuels, le plus souvent à l’encontre de patientes. Lorsque certaines ont la force de poursuivre leur médecin devant les instances disciplinaires, dont les sanctions vont de l’avertissement au blâme en passant par l’interdiction temporaire d’exercer et enfin, la plus grave, la radiation du tableau de l’Ordre, c’est toujours la même ligne de défense : « Nous étions entre adultes consentants. »

« Il s’agit pourtant d’un véritable abus de faiblesse aggravé par un abus d’autorité. » Ce n’est pas une victime qui rétorque ici, mais un médecin : le docteur Dominique Dupagne, généraliste et blogueur, qui coordonne la pétition lancée ce mardi pour réclamer l’ajout d’un article au code de déontologie médicale stipulant, sans équivoque, « le médecin doit s’interdire toute relation sexuelle avec les patient(e)s dont il a la charge. » Actuellement, dans les textes réglementaires, cette mention n’apparaît nulle part

La pétition insiste : cette opération n’est pas destinée à jeter l’opprobre sur une profession. « Il s’agit d’empêcher de nuire les rares prédateurs sexuels qui menacent toute une corporation. » Et si les victimes ne sont pas entendues par les instances disciplinaires, elles ne le sont pas plus par la justice. Les plaintes pénales pour abus de faiblesse de patientes séduites et manipulées par leur médecin sont, le plus souvent, déclarées irrecevables.

Des pétitionnaires célèbres

Parmi les premiers signataires de la pétition, on note la présence du psychiatre, Christophe André, de la pneumologue, Irène Frachon, du médecin généraliste, membre du Haut Conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes, Gilles Lazimi ou encore la psychiatre, fondatrice et présidente de l’association Mémoire traumatique et victimologie, Muriel Salmona.

C’est la ministre de la Santé, Agnès Buzyn, qui est la destinataire de cette demande puisque cet ajout ne peut se faire que par décret ministériel. L’initiative pose l’interdit, comble un vide juridique et inverse les rôles. Ce ne serait plus à la patiente de prouver l’abus, mais au professionnel de devoir justifier son acte devant ses pairs.

De multiples témoignages de femmes abusées

Tout est parti d’un forum que le Dr Dupagne gère depuis maintenant 15 ans, Atoute.org. Un espace de parole dédié aux relations médecins-patients où il a pu lire les témoignages de femmes abusées. Trois d’entre elles qui ont porté plainte, ou tenté de porter plainte, sont à l’origine de l’action qu’il soutient.

Parmi elles, il y a Marie*. Elle s’est battue pour obtenir en appel la condamnation de son psychiatre à six mois d’interdiction d’exercice. Elle découvre à ce moment-là l’absence de cet article dans le code de déontologie. Depuis, elle veut faire changer la donne. Le Dr Dupagne approuve : « Je l’ai suivie dans sa démarche. Elle a raison, c’est inadmissible. »

« Un patient n’est pas un simple adulte »

Et le médecin de décrire la relation patient/médecin si spécifique. « Il y a trop d’asymétries. Un patient n’est pas un simple adulte libre de ses choix. La relation thérapeutique crée une vulnérabilité bien connue appelée amour de transfert », précise-t-il.

Aux confrères qui répondent qu’ils pourraient « passer à côté de belles histoires d’amour », faire de la patiente une ex-patiente est, a minima, un préalable. Et à ceux qui parlent de cette « zone grise » dans un rapport de séduction, il tranche : « les femmes savent très bien faire la différence entre une main qui examine et une main qui pelote. Elles ne se trompent jamais. »

Les précédents

Selon un rapport adopté en décembre 2000 par le Conseil national de l’ordre des médecins, « l’incidence de ces écarts est difficile à évaluer », mais « psychiatres et gynécologues seraient plus exposés que d’autres ». Par le passé, des affaires portant sur des crimes sexuels ont marqué les esprits.

Janvier 2018. Un psychiatre sarthois a été mis en examen pour viols et agressions sexuelles à la suite de la plainte d’une patiente, fragilisée par la mort de son mari. Il décrit, lui, des relations sexuelles consenties.

Février 2014. Le gynécologue André Hazout, spécialiste mondialement reconnu de la procréation médicalement assistée, est condamné à huit ans de prison pour des viols et agressions sexuelles sur six patientes.

Août 2002. Gilbert Tordjman, considéré comme le pape de la sexologie, est accusé d’abus sexuels sur une quarantaine de ses patientes et mis en examen pour viol. En 2003, il est incarcéré à la maison d’arrêt de Fresnes (Val-de-Marne) pour ne pas avoir respecté l’interdiction d’exercer la médecine. Il devait être jugé aux assises le 28 avril 2009, mais il est décédé d’un cancer un mois avant.

Source LP 

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