Maltraitance infantile : Les parents poursuivent l’hôpital Robert-Debré après avoir été accusés à tort

Hedi Bouhouch et Émeline Hautcœur poursuivent l’hôpital parisien qui les a signalés. Leur bébé, qui souffrait d’une fracture, a été placé deux mois. Des examens ont montré une fragilité osseuse.

Souvenez-vous Radio Capitole avait consacré une interview à Emeline que vous retrouvez-ici :

Owen a de jolis yeux bleus rieurs. Un sourire enjôleur et l’esprit curieux de ses 17 mois. À le voir jouer avec son doudou entre ses parents, rien ne laisse imaginer que cette famille de Chailly-en-Bière (Seine-et-Marne) a bataillé plusieurs mois contre un soupçon de maltraitance.

Hedi Bouhouch et Émeline Hautcœur viennent de porter plainte contre l’hôpital pédiatrique parisien Robert-Debré, qui les a signalés au parquet. « Nous voulons que les médecins nous donnent des réponses et que la justice nous déclare officiellement innocents », arguent-ils.

D’entrée, « une suspicion de maltraitance »

Au-delà de leur cas personnel, devenus membres actifs d’une association de parents « accusés à tort de maltraitance sur leurs enfants atteints de maladies rares », Hedi Bouhouch et Émeline Hautcœur dénoncent la procédure de signalement. « Les premiers examens effectués sur Owen l’ont été dans le cadre d’une suspicion de maltraitance. Ce n’est qu’après son placement que d’autres recherches ont été réalisées et parce que nous les avons réclamées. Il faut changer l’ordre des choses », défendent-ils, chronologie à l’appui.

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L’histoire commence le 28 novembre 2016. Leur bébé d’un mois et demi-présente un gonflement à la jambe gauche. Le couple, qui vit alors à Vert-Saint-Denis, l’emmène dans un premier hôpital. « On pensait à une allergie ou une piqûre d’insectes », se souviennent les parents. Le centre hospitalier diagnostique une fracture du fémur gauche et les oriente vers un établissement pédiatrique parisien, où Owen est hospitalisé le 29 novembre.

« S’il y a des enfants maltraités, il y a aussi des enfants malades »

« Et là, c’est la machine qui s’emballe. Tout s’effondre », déplorent Hedi et Emeline. L’hôpital fait un signalement aux autorités judiciaires, le 1er décembre. Le lendemain, le couple se tourne vers son médecin traitant, qui demande des examens complémentaires. Mais, le 7 décembre, le parquet de Melun décide de confier l’enfant à l’Aide sociale à l’enfance (ASE). Owen est placé dans une famille d’accueil. Le placement est confirmé le 23 décembre.

Cinq jours plus tard, les médecins se fondent sur le bilan sanguin de l’enfant pour constater « une fragilité osseuse, possiblement transitoire », due à une carence fœtale en vitamine D. Une conclusion qui a pesé dans la levée du placement, le 23 février 2017, même si la justice relève que « le mécanisme (NDLR : de la fracture)reste a priori non parfaitement expliqué ».

« Elle pourrait avoir été provoquée en lui changeant sa couche, évoque le couple. Il faut garder le principe de précaution pour protéger l’enfant. S’il y a des enfants maltraités, il y a aussi des enfants malades », concluent les parents du petit Owen.

L’AP-HP invoque « une décision du magistrat »

En réponse, du côté de l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP), on rappelle que « la décision de placement provisoire appartient au magistrat », pour expliquer cette affaire. L’hôpital Robert-Debré, incriminé par le couple Bouhouch-Hautcoeur, « a été précurseur dans la mise en place des Cellules de prévention de la maltraitance sur les mineurs, qui permet aux différents acteurs judiciaires et hospitaliers en charge de l’enfance de mieux cerner les dangers liés à la maltraitance et d’apporter une réponse commune, à la fois plus réactive et plus concertée, à la suite d’une réflexion partagée », se défendait, lors du placement de l’enfant, l’AP-HP, qui n’a pas souhaité faire de nouveaux commentaires.

Dans une lettre datée du 9 mars dernier et adressée au couple, l’AP-HP confirme sa position en rappelant « que la décision de placement provisoire appartient au magistrat, qui s’est fondé sur plusieurs éléments pour statuer ». « L’ordonnance de placement provisoire a été rendue à une date donnée, sur la base des éléments connus à ce moment-là. Les évolutions relatives aux examens menés par la suite ont été prises en compte dans le cadre de la procédure qui a suivi cette décision », ajoute l’AP-HP, en affirmant que les analyses génétiques ont été réalisées « à la demande des services de l’hôpital » et non du médecin traitant.

Une centaine de parents crient aussi à l’injustice Adikia (aδικία) signifie Injustice en grec. C’est le nom que des parents ont donné à leur groupe sur les réseaux sociaux et, depuis octobre dernier, à leur nouvelle association. Ces parents, parmi lesquels Hedi Bouhouch et Émeline Hautcœur, se disent tous « accusés à tort de maltraitance sur leurs enfants atteints de maladies rares ». « Nous voyions le nombre de cas augmenter régulièrement. Nous avons décidé de créer une association pour, d’abord, venir en aide aux familles et, dans un second temps, essayer de faire changer les choses car nous considérons que c’est un problème de santé public », résume Vanessa Keryhuel, la présidente, qui revendique déjà une centaine d’adhérents.

Cette Bretonne a elle-même été mise en examen, après que son enfant a présenté des symptômes s’apparentant au syndrome du bébé secoué. « C’est le cas le plus fréquent. Les fractures sont plus rares », indique Vanessa Keryhuel. « Quand on est confronté à une telle accusation et qu’on a la conscience tranquille, on ne s’attend pas à se que cela prenne une telle ampleur. En fait, il faut tout de suite se préparer à une bataille juridique. »

Source Intégrale du Parisien 

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