Mère infanticide : « on est face à une dénégation de grossesse »

Selon l’expert psychiatre intervenue à la cour d’assises du Val-d’Oise, la mère qui a tué son nouveau-né était dans une forme de sidération au moment de l’accouchement et du meurtre.

Que s’est-il passé dans la tête de Manon pour en arriver à tuer l’enfant qu’elle venait de mettre au monde ? Y a-t-il ou non eu déni de grossesse alors que la jeune femme se savait enceinte ? L’expertise psychiatrique présente à son procès devant la cour d’assises du Val-d’Oise ce lundi a permis de donner quelques éléments de réponses à ce drame survenu dans la nuit du 15 mars 2012 à Sannois.

« On est face à une dénégation de la grossesse mais aussi peut-être le refus et la peur d’être mère », explique le Dr Françoise Dumont, experte à la cour d’appel de Versailles. Elle précise qu’il ne peut s’agir de déni car celui-ci ne s’observe que chez les personnes psychotiques. Or Manon, ne présente « aucun signe de maladie mentale franche comme une grave dépression ou une personnalité psychotique ». En revanche, la jeune femme qui avait 18 ans au moment des faits, souffre d’une carence affective importante et d’un sentiment d’abandon, notamment liée à sa mère alcoolique et dépressive qui avait refusé de s’occuper d’elle lorsqu’elle était bébé.

L’experte a spécifié à plusieurs reprises que Manon ne pouvait absolument pas nommer le bébé : « Il y a une absence de représentation mentale du fœtus et aucun vécu mental de ce qui se passe à l’intérieur d’elle-même, normalement une future maman imagine, projette des choses, là non. Au moment de l’accouchement, le bébé est chosifié et non pas ressenti comme un être vivant », explique le Dr Dumont.

Les soignants confirment qu’elle ne parlait pas de bébé

Une explication que les infirmières et médecin ont pu vérifier dès le lendemain du drame. « Elle ne parlait pas de bébé, témoigne la gynécologue qui l’avait examiné. Elle était dans un autre monde. Elle disait qu’elle avait perdu quelque chose, on lui avait demandé si c’était un bébé mais elle ne savait pas, avait expliqué une infirmière. Elle disait qu’elle avait perdu du sang, qu’elle n’avait pas voulu regarder, à aucun moment elle n’a parlé d’accouchement ou de bébé ».

Pourtant comme plusieurs témoins l’ont signalé, sa grossesse était visible et elle ne s’en cachait pas toujours. Notamment la veille des faits avec le gardien de l’immeuble de Sannois : « Je lui ai demandé si je pouvais être le parrain pour rire, elle m’a répondu oui comme ça, elle pourrait le déposer à la loge pour faire ses courses », se souvient-il.

« Il y a un mouvement de va-et-vient entre la conscience et le refoulement », explique le Dr Dumont. Mais le jour où elle a accouché, la réalité l’a rattrapé avec le premier cri du bébé. Ce qui pourrait expliquer le fait qu’elle lui ait enfoncé du papier toilette dans la cavité buccale. « C’est une forme démesurée de peur, de sidération, elle a été très impressionnée, le cri a déclenché son impulsivité, elle a vu le papier toilette… Ce n’est pas pensé à l’avance », explique l’experte. Cette dernière a souligné l’impératif de soins pour la jeune femme avant même que celle-ci puisse penser à une autre natalité.

Source LP

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