Marseille : elle ne déclare pas le décès de sa mère en 1993 et empoche 162 000 euros

De 1993 à 2016, la fille d’une retraitée marseillaise a dupé la Caisse de retraite pour arrondir ses fins de mois pendant plus de 22 ans.

Christina* était du genre battante. Née en 1914 dans le royaume du Monténégro, elle avait vécu deux conflits mondiaux avant de s’installer à Marseille. Une retraite au soleil brutalement interrompue en 1993, année de son décès officiel à l’âge de 79 ans. Enfin, pas tout à fait…

Dans le cadre d’une procédure classique, la famille de la défunte déclare le décès en mairie auprès d’un officier de l’état civil. Ça, ça a été fait. Dans la suite logique, la Caisse d’assurance retraite et de la santé au travail (Carsat) – organisme en charge du versement des retraites – est avertie. Ça, en revanche, ça n’a pas été fait. Simple oubli ? Volonté d’escroquer ? À ce stade de l’enquête confiée à la brigade de lutte contre les fraudes de la Sûreté départementale, nul ne le sait encore. Une chose est sûre : pour la Carsat, Christina était bien vivante ! Pour une raison encore inconnue, l’information n’est pas transmise au siège de la rue Georges (5e). Résultat, le compte en banque de la défunte – le sien ou un autre – continue d’être approvisionné.

Selon une source proche du dossier, la fille de Christina y avait accès. Pourquoi se priver ? 613 euros y sont versés chaque mois. Pas étouffée par les remords, la famille continue d’encaisser. Pendant 1 an, 2 ans, 10 ans et même 22 ans soit au total 162 000 euros ! Aussi incroyable que cela puisse paraître, personne ne se rend compte de la supercherie. Pour vivre heureux, vivons cachés. La fille de Christina se garde bien d’en faire la publicité. Généreuse, elle en fait profiter sa fille en lui versant de l’argent chaque mois. Pour expliquer l’origine des fonds, une rente laissée par Christina est évoquée. Sans vivre dans le luxe, sa mère semble en profiter. Outre l’appartement de sa défunte mère dans lequel elle vit toujours, une maison dans les Alpes est achetée. Entre la mer et la montagne, les jours sont paisibles avec la retraite de sa mère pour arrondir les fins de mois. Jusqu’au moment où la machine se grippe. Quand un adhérent de la Carsat dépasse les 85 ans, l’organisme réétudie le dossier. D’une part pour vérifier son parcours médical et s’assurer – si c’est une personne isolée – de son état de santé. D’autre part pour relever les cas de fraude. Dans le cas de Christina, l’enquête aurait ainsi dû être menée en 1999. Elle le sera en… août 2015. Bingo, son dossier fait tiquer les agents.

Pas de soins récents, pas de traitements particuliers. À l’âge supposé de 101 ans, la centenaire semble se porter comme un charme. Si bien qu’elle vient de s’octroyer quelques jours de vacances dans son pays natal du Monténégro. Du moins, c’est ce que déclare sa fille lors de la visite d’un agent de la Caisse d’assurance retraite à son domicile. Un peu trop gros pour être vrai. Dans le doute, la Carsat suspend les versements. La fille de Christina sent le piège. Dos au mur, elle tente le tout pour le tout et falsifie l’acte de décès de son beau-frère, décédé en janvier 2016, en y apposant le nom de sa mère histoire de faire croire en sa mort plus de 23 ans après son décès officiel. Cette fois-ci, ça ne passe pas. La police est avertie. La brigade de lutte contre les fraudes déroule la pelote et confond la fille de Christina. Placée en garde à vue mardi dernier, elle aurait partiellement reconnu les faits. Elle fait l’objet d’une citation en direct au tribunal correctionnel pour dissimulation de décès, faux et usage de faux.

* son prénom a été changé

 

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