Société judiciaire : Les arnaques présumées de l’avocat de Créteil font désordre

Me Pascal Defalque, du barreau de Créteil est soupçonné d’avoir dérobé près de deux millions d’euros à ses clients. Un couple a réussi à le faire condamner au civil.

C’est un avocat aux méthodes définitivement peu orthodoxes. Dans notre édition du 29 octobre dernier, nous révélions les multiples plaintes déposées contre Me Pascal Defalque, avocat au barreau de Créteil (Val-de-Marne). Plusieurs de ses clients l’accusaient de leur avoir emprunté de fortes sommes d’argent, sous prétexte de les placer à des taux d’intérêt avantageux. Près d’un million d’euros s’est ainsi évaporé. Un article qui a ravivé de douloureux souvenirs chez Philippe Montemont. Ce commerçant du Val-de-Marne est le seul à avoir fait condamner l’avocat. En l’occurrence à lui verser 450 000 €, ainsi que 150 000 € à chacun de ses trois enfants.

«Leur numéro était parfait »

On est en 2004 lorsque le couple Montemont vend sa maison de Charenton-le-Pont (Val-de-Marne). Pascal Defalque, un ami, propose alors de placer le montant de la transaction à Jersey (Royaume-Uni). « On s’est vu à son cabinet, avec des personnes présentées comme ses associés, dont Michel Lamarque (lire ci-dessous), se souvient le commerçant. Leur numéro était parfait. Une véritable pièce de théâtre… » Dont l’épilogue s’avérera tragique.

La somme de 669377, 30 € est virée sur les comptes de deux sociétés, Herald Trust et Kirkwood Assets. Mais quand le couple veut récupérer ses économies, il découvre que la somme est bloquée. Elle ne sera jamais recouvrée. Une plainte est déposée, une instruction ouverte, et l’enquête confiée à la brigade financière. Un temps sous le coup de menaces anonymes, Philippe Montemont doit être placé sous protection policière. Pascal Defalque, lui, est renvoyé devant le tribunal pour escroquerie. Au terme d’une première audience à Paris en 2012, où il est défendu par Me Thierry Herzog, connu pour être le conseil de Nicolas Sarkozy, l’avocat ressort blanchi.

Enquête à Jersey

La justice a en effet considéré que « rien ne démontrait son implication dans le fonctionnement des sociétés de Jersey. » Qu’à cela ne tienne : Philippe Montemont mène sa propre enquête, se rend à Jersey, où il parvient à obtenir les documents prouvant que Pascal Defalque, ainsi que son père Gaston, sont bien derrière les deux sociétés incriminées. Il apparaît que les presque 700 000 € sont d’ailleurs très vite revenus en France. Quant à Kirkwood, elle alimentait d’autres sociétés de Defalque, toutes aux mêmes initiales C.P.L, par exemple la Compagnie propriétés et lotissements, ou la Compagnie pneumatiques lourds.

Sur la base de ces nouveaux éléments, les Defalque fils et père sont cette fois condamnés en 2015 au civil à rembourser 450 000 € à Philippe Montemont, et autant à ses trois enfants. Ils sont devenus entre-temps les héritiers de leur maman, laquelle s’est donné la mort. « Cette affaire l’a minée. Elle n’en pouvait plus », souffle son mari. « Monsieur Defalque n’a rien remboursé, organisant son insolvabilité », note Me Jean-Yves Dupeux, l’avocat des Montemont. Comme d’autres, il s’interroge sur l’impunité dont semble jouir l’avocat de Créteil, plusieurs fois poursuivi, mais jamais condamné au pénal.

Renvoyé au tribunal pour escroquerie

Ainsi, dans le cadre d’un autre dossier d’abus de confiance et de blanchiment où il était cité, Pascal Defalque a fait l’objet d’un non-lieu en décembre 2016. Mais sa situation pourrait évoluer. Une autre procédure pour des escroqueries à des organismes de crédit lui vaudra de comparaître prochainement à Paris. Dans cette procédure, il a été mis en examen une nouvelle fois pour escroquerie et placé sous contrôle judiciaire.

De son côté, l’ordre des avocats du barreau de Créteil a été saisi de nombreuses demandes de sanctions disciplinaires. Et refuse de dire s’il y a donné suite. Me Defalque, lui, n’a pas plus souhaité répondre à nos questions. Il est toujours officiellement avocat.

La chronologie de l’affaire :

  • Le 5 avril 1953, naissance de Pascal Defalque.
  • A partir du début des années 2000, l’avocat est soupçonné d’avoir escroqué plusieurs de ses clients.
  • En 2011, une première plainte est déposée par un couple de victimes, les Ossona, dont ni la justice, ni la police, n’ont pu dire quelle suite éventuelle lui avait été donnée. Fin 2017, une seconde procédure est initiée par le nouvel avocat du couple, Me Grégory Levy, du barreau de Paris.
  • A partir de 2010, et ce chaque année, le barreau de Créteil sera alerté par les victimes, sans qu’aucune procédure disciplinaire ne soit diligentée.
  • En 2012, Pascal Defalque est relaxé face à l’un de ses clients l’accusant de lui avoir dérobé 670 000 €, qu’il est finalement condamné à rembourser, au civil, en 2015.
  • En 2013, l’une des victimes, qui a perdu 350 000 € qu’elle lui avait confiés, parvient à faire saisir la résidence que l’avocat possédait à Saint-Cannat, près d’Aix-en-Provence.

Source LP 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.