Maine-et-Loire : Une femme veuve à deux reprises, des soupçons qui pèsent sur elle

Des prélèvements ont été faits sur le corps d’un homme mort en 1982. La justice soupçonne son épouse de l’avoir empoisonné, comme elle l’aurait fait à son second mari.

Les plaques funèbres semblent n’avoir jamais bougé depuis 36 années. « A mon papa » ou « à mon frère » surmontent toujours la pierre tombale de Michel Babin, « 1932-1982 ». Ainsi qu’un « à mon époux », qui sonne étrangement depuis dix jours. S’il n’était le sable fraîchement ratissé, on croirait que le sommeil éternel de cet ancien agriculteur n’a jamais été troublé.

Pourtant, à Renazé, aux frontières de la Mayenne et du Maine-et-Loire, tous les habitants sont au courant que « celui qui habitait la ferme derrière le stade » a été exhumé. « Un bazar pas possible », soupire Simone. Ce lundi 9 avril, « il y avait plus de gendarmes que de défunts, décrit cette habituée du cimetière. Je n’ai même pas essayé d’entrer. »

A l’abri, derrière une bâche blanche, les enquêteurs de la compagnie de gendarmerie de Segré, accompagnés par des techniciens en investigation criminelle, ont effectué des prélèvements sur les restes de Michel Babin. Jusqu’alors, tout le monde pensait qu’il était mort d’un cancer. « Un du genre fulgurant, qui l’a emporté à 50 ans, se souvient un voisin. Maintenant, c’est sûr que si on l’a aidé, ça change tout… »

« Vous connaissez pas le coup du bouillon de 11 heures ? »

Dans le cadre d’une instruction ouverte à Angers, c’est justement ce que cherche à vérifier la justice : savoir si Michel n’aurait pas été empoisonné par sa femme, Odette, laquelle est également suspectée d’avoir fait mourir à petit feu Albert Vigneron. Celui qu’elle a épousé en seconde noce au milieu des années 1980, après la mort de Michel.C’est ce qui vaut à cette pimpante octogénaire d’être mise en examen, comme l’a révélé Ouest-France il y a une semaine. Depuis, à Renazé, l’affaire est sur toutes les lèvres. « Loudun n’est pas si loin ! », justifie un ancien, en référence à la célèbre Marie Besnard, soupçonnée d’avoir empoisonné 12 personnes dont son mari, et finalement acquittée. « Vous connaissez pas le coup du bouillon de 11 heures ? », plaisante un autre. C’est ce qu’il faut lui servir quand vous voulez discrètement faire disparaître quelqu’un. » Et c’est peu ou prou ce qui est reproché à Odette Vigneron.

Soupçons de mort-aux-rats dans les éclairs au chocolat

Ses ennuis ont commencé début 2017. A la suite de la mort d’Albert, le 30 janvier, dans sa 84ème année. Souffrant, il avait été placé dans une maison de retraite de Pouancé. Où Odette venait le voir tous les jours ou presque. Et où l’on s’est étonné des étranges hémorragies qui ont frappé le vieil homme. De là à y voir, notamment, un lien de cause à effet avec ces éclairs au chocolat que sa femme lui apportait régulièrement, il n’y a qu’un pas qui fut vite franchi. Odette fut ainsi soupçonnée de lui avoir administré de la mort-aux-rats.

Des accusations dont elle ne se remet pas, et qu’elle dément vigoureusement. Tremblante d’émotion, elle nous reçoit brièvement dans la ferme qu’elle exploitait avec Albert, à Challain-la-Potherie, situé à 20 km de Renazé. Comme Michel Babin, le second époux d’Odette était lui aussi agriculteur. « Il était pas milliardaire mais il avait du bien, souffle un proche. Une vingtaine d’hectares de terres ». Et deux bâtiments en pierre de taille, qui n’ont toutefois rien de luxueux. Le plus grand a été revendu à des Anglais, quand Odette continue d’occuper la jolie maisonnette à l’intérieur parfaitement tenu.

« Je ne comprends pas, souffle-t-elle. Jamais je n’aurais imaginé qu’en allant voir mon mari tous les jours, on finirait par dire ça de moi… » Sur le bahut de la cuisine trônent des photos d’Albert, celle de ce fils qu’elle a eu avec Michel, et plusieurs de ses petits-enfants. « C’est vraiment dur pour eux », regrette une voisine. Odette, elle, déplore ne pas avoir été prévenue de l’exhumation de Michel. « C’est en allant au cimetière quelques jours après que je l’ai découvert. Là je me suis dit : Ça y est, ils l’ont relevé ! »

 

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