Témoignage vidéo : « J’ai grandi dans la maltraitance en pensant que c’était le cas pour tous »

La parole des victimes continue de se libérer dans la foulée de l’affaire Weinstein. Abusée par son père alors qu’elle était enfant, Marie raconte au micro de la RTS un traumatisme qui reste encore vif.

« J’ai grandi dans une famille où il y avait beaucoup de maltraitances en pensant que c’était comme cela pour tout le monde », se souvient Marie, interrogée dimanche dans le 19h30. Abusée par son père avec la complicité de sa mère alors qu’elle n’avait que 5 ans, comme ses quatre frères et soeurs, elle avoue que cette douleur constitue encore aujourd’hui un « combat de tous les jours » et qu’elle « se cache toujours derrière une enveloppe ».

« Les abus, c’est mon père, c’est quand il me frappait, quand il venait faire ce qu’il avait à faire. J’’ai essayé de m’opposer (…) mais quand vous êtes face à l’adulte, vous laissez faire, vous n’avez pas le choix, vous sortez de votre corps, vous partez », confie encore Marie.

Agée aujourd’hui de 40 ans, cette victime a décidé de sortir de son silence, après dix ans de thérapie. « Ce qui m’a aidé le plus c’est de parler, de pouvoir dire et que ce soit reconnu », confie-t-elle. A 20 ans, elle était déjà allée voir les autorités de son village du Jura bernois pour faire cesser les abus, mais cela n’avait rien donné.

De nombreux appels depuis novembre

Le scandale déclenché par l’affaire Weinstein continue de produire ses effets. Depuis novembre dernier, les appels à l’aide ont plus que doublé au Centre de traitement des séquelles d’abus sexuels (CTAS) à Genève. Le centre a même dû engager du personnel pour traiter ces traumatismes.

Le CTAS dit recevoir entre deux et six plaintes par semaine. Proportionnellement, 80% proviennent de femmes et 20% d’hommes ou adolescents. Les abus sont majoritairement perpétrés par un membre de la famille.

« On vit un moment historique concernant la libération de la parole des femmes, concernant ce qui leur est fait. Aujourd’hui, enfin, la société est prête à entendre que se faire violenter de manière non consentante par des hommes n’est pas normal », commente Lydiane Bouchet, psychologue au CTAS, au micro de la RTS.

Culpabilité et colère

Aussi interrogée par le 19h30, Norma, abusée par son frère à l’âge de 9 ans, se souvient aussi qu’il est difficile d’être écoutée quand on est enfant: « C’est très compliqué d’être le plus jeune, l’enfant qui doit convaincre le plus grand que ce n’est pas intéressant de jouer à ces jeux-là. Si le cadre des adultes n’intervient pas et n’arrive pas à vous protéger, vous êtes livré à la solitude et à la honte. »

Un homme abusé à 14 ans par son chef alors qu’il était en apprentissage s’est également confié à la RTS, relevant aussi deux sentiments partagés par les victimes: la culpabilité et la colère: « Je pensais que j’étais complice de cette personne, je pensais que c’était de ma responsabilité », déclare-t-il, avant d’ajouter: « Je suis passé de l’âge enfant à l’âge adulte avec la colère contre cette personne qui m’a volé mon adolescence. »

Selon le Conseil de l’Europe, un enfant sur cinq est victime d’abus sexuels.

Sujet TV: Isabelle Gonet

Adaptation web: Frédéric Boillat

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