La famille de Naomi Musenga réclame que « justice soit faite »

AFP / FREDERICK FLORIN

La famille de Naomi Musenga, décédée à l’hôpital de Strasbourg fin décembre après un appel pris à la légère par le Samu, a réclamé jeudi que « justice soit faite » pour la jeune femme de 22 ans, refusant d’ériger l’opératrice du Samu en bouc émissaire.

https://youtu.be/yzt6AJ7pw1Q

« Que justice soit faite, c’est cela notre première préoccupation pour cette enfant qui était aimée de tous », a déclaré son père Mukole Musenga, lors d’une conférence de presse au cabinet des avocats de la famille à Strasbourg.

Accompagné de son épouse et d’une des soeurs de Naomi Musenga, il a estimé avoir été « baladé » sur les circonstances de la mort de sa fille, évoquant « un manque d’humanité total ».

« J’ai très mal au ventre », « J’ai mal partout », « Je vais mourir… », souffle Naomi Musenga, peinant à s’exprimer, dans son appel du 29 décembre transféré par les pompiers au Samu.

« Si vous ne me dites pas ce qui se passe, je raccroche », réplique sur un ton péremptoire l’opératrice du Samu qui ajoute, moqueuse: « oui vous allez mourir, certainement un jour comme tout le monde », selon l’enregistrement obtenu fin mars par la famille.

Un enregistrement « qui foudroie » la famille, a souligné la mère de Naomi, Honorine Musenga.

– « Justice pour Naomi Musenga » –

AFP / FREDERICK FLORIN
La famille de Naomi Musenga, décédée à l’hôpital de Strasbourg fin décembre après un appel pris à la légère par le Samu, lors d’une conférence de presse le 10 mai 2018

Emmenée à l’hôpital plusieurs heures plus tard, après qu’un médecin de SOS Médecins ait appelé lui-même le Samu, Naomi Musenga, mère d’une petite fille d’un an et demi, est victime d’un infarctus puis transférée en réanimation avant de décéder dans l’après-midi. Son autopsie ne sera réalisée que le 3 janvier, 112 heures après sa mort.

Le rapport du médecin légiste évoque une « défaillance multi-viscérale sur choc hémorragique » mais aussi une « putréfaction avancée » du corps.

« Pourquoi on n’a pas répondu à son appel et pourquoi l’autopsie n’a pas été faite à temps ? Pourquoi on a laissé le corps de ma fille en putréfaction ? », s’est insurgé Mukole Musenga, assurant qu’elle n’avait pas d’antécédents médicaux.

« La responsabilité, c’est un ensemble. (…) C’est l’hôpital », a critiqué Honorine Musenga.

Un collectif baptisé « Justice pour Naomi Musenga » a appelé sur Facebook à une marche blanche en mémoire de la jeune femme le 16 mai à 17H30 à Strasbourg, un rassemblement « très important » pour le père de la jeune femme.

La révélation de l’enregistrement de cet appel téléphonique par le magazine alsacien Heb’di fin avril a entraîné, dans un premier temps, l’ouverture le 2 mai d’une enquête administrative par le directeur général des Hôpitaux universitaires de Strasbourg (HUS), Christophe Gautier, qui la souhaite « la plus complète et la plus rigoureuse possible ».

La ministre de la Santé, Agnès Buzyn, a également saisi l’Inspection générale des affaires sociales (Igas).

– « Manquements » –

Sur le plan judiciaire, le parquet de Strasbourg, auquel la soeur de Naomi Musenga avait écrit fin avril, a ouvert mercredi une enquête préliminaire pour « non-assistance à personne en péril », confiée à la direction régionale de la police judiciaire (DRPJ) Grand Est.

Une plainte pour « non-assistance à personne en danger » et « mise en danger de la vie d’autrui » sera déposée vendredi « contre X et contre les Hôpitaux universitaires de Strasbourg », a indiqué Me Mohamed Aachour, l’un des avocats de la famille.

L’opératrice du Samu concernée a été suspendue « à titre conservatoire » mercredi en attendant l’issue de l’enquête.

« Elle n’est pas bien, elle regrette », dit-on de source syndicale, soulignant qu’il s’agissait d’une « professionnelle confirmée ».

« Elle a eu clairement des manquements, ce n’est pas excusable, mais on risque de ne s’en prendre qu’à elle pour que d’autres problèmes ne ressortent pas », insiste cette même source, pointant les « manques de moyens » des services d’urgence.

Des mesures de sécurité ont été prises mercredi pour le centre d’appels du Samu à Strasbourg, qui, depuis la diffusion de l’appel de Naomi Musenga, a reçu des appels « très agressifs », selon l’hôpital.

Dans des communiqués distincts, l’équipe de SOS Médecins de Strasbourg a affirmé être intervenue « dans l’heure suivant l’appel reçu du domicile de Naomi Musenga et être « à la disposition » des chargés de l’enquête, tout comme les pompiers du Bas-Rhin affirmant que, de leur côté, « la procédure en vigueur a bien été respectée ».

Avec AFP

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