Marseille : il payait son neveu mineur en échange de relations intimes

La victime d’atteinte sexuelle avait 14 ans. L’auteur condamné à trois ans de prison

C’était un peu avant Noël 2010. Ce jour-là, l’adolescent de 14 ans et demi s’était rendu, comme il le faisait régulièrement, dans la villa avec piscine de son oncle et de son conjoint à La Ciotat. « Des référents paternels« , a glissé Bastien (1) en décrivant son rapport avec le couple. Mais ce jour-là, le premier était absent et le second, son conjoint depuis bientôt 30 ans, a montré un autre visage, sans bienveillance. Celui d’un prédateur : « Alors que Bastien était collégien, vous avez commencé par lui faire visionner un film pornographique. Ensuite, vous avez eu des relations sexuelles avec lui. Bastien a dit que, pour cette première fois, il avait été surpris et tétanisé. Après lui avoir fait promettre de n’en parler à personne, vous lui avez donné 100 € », résume la présidente. « Le film, c’était pour créer les conditions du rapport ?« , interroge fermement le procureur. Mains croisées derrière le dos, Édouard S., 58 ans aujourd’hui, teint hâlé et mâchoire carrée, grommelle : « Oui, c’était ça… Je regrette. J’ai honte… Il m’a rappelé son oncle quand il était beaucoup plus jeune« , s’enfonce-t-il.

D’abord poursuivi pour viol sur mineur, l’ancien ouvrier sur les chantiers navals est finalement jugé en correctionnelle, ce mercredi, pour atteinte sexuelle sur un mineur de moins de 15 ans par une personne ayant autorité. Une requalification liée aux déclarations de la victime, qui assure ne pas avoir été « sous la contrainte » et ne s’est pas portée partie civile : « Bastien a expliqué avoir déjà eu conscience de son homosexualité. Il a encore assuré qu’après ce jour, c’est lui qui vous sollicitait, selon son bon vouloir, pour avoir des relations en échange d’argent, de cadeaux…« , relève la présidente. « Ce qui revient à de la prostitution« , grince l’accusation. Qui insiste : « Le jeune homme a d’ailleurs défini cette relation comme ça. Il a ajouté qu’il était tombé dans un cercle vicieux. Ce n’était alors qu’un ado, à la sexualité en construction, et vous, vous l’avez fortement atteint psychologiquement. » Et le parquet de marteler : « On ne fait pas la morale, ici. On fait du droit. S’il avait eu 22 ans, il n’y aurait pas de procès. Mais un acte sexuel, même consenti, quand il s’agit d’un mineur de moins de 15 ans, c’est passible de 10 ans de prison. Et si la future loi fixant un âge minimum en dessous duquel tout acte sexuel avec un majeur est considéré comme un viol était déjà passée, c’était les assises. »

Visage froissé, court sur ses jambes, Édouard S. encaisse les coups sans broncher. Attend que ça passe. Puis devant les assauts du procureur, finit par franchir la ligne : « L’âge, je ne regardais pas… Je ne suis pas très chiffres. Je ne me rappelle jamais les numéros de téléphone, les anniversaires. Il mesurait 1,80 m. Il faisait plus âgé…« 

« Oui, la lettre c’était moi. J’étais jaloux, possessif »

Voilà le résumé de quatre ans d’une « relation plus que malsaine« , tranche le procureur, à l’insu de tous, qui s’est achevée comme elle avait commencé : brutalement. En 2015, Bastien, alors âgé de 19 ans, reçoit des dizaines d’appels anonymes et une lettre de menaces de mort. « On va te casser les jambes et les dents. La nuit, le jour, regarde derrière… Finie la danse. On sait où tu bosses. Tu vas prendre un coup de cutter« , a écrit un corbeau. Plainte. Analyse des téléphones. Le coupable, à la « grande surprise » de la victime, n’est autre que cet oncle par alliance « tombé amoureux« .

« Oui, la lettre c’était moi. J’étais jaloux, possessif« , souffle Édouard S. J’ai fait ça par pour ne pas qu’il aille avec d’autres, mais aussi pour que tout ça s’arrête. » Une sorte d’acte manqué, défend-il, dans le déni. Un de plus… En défense, son avocate se démène : « Son ordinateur a été passé au crible, son entourage interrogé et rien n’a montré d’attirance pour des mineurs. Le psychologue a également conclu que mon client n’était pas un délinquant sexuel. C’était un cas isolé entouré de circonstances particulières« , plaide Me Audrey Saccocio. « Un mineur, on lui doit protection. Surtout quand on est le compagnon de son oncle… Mais vous, au lieu de cela, vous vous êtes servi de lui alors qu’il était sous votre autorité et vous l’avez rémunéré pour cela. Si c’est ça la protection, je rends mon tablier… De plus, vous ne donnez pas l’impression d’avoir pris conscience de la gravité des faits« , avait préalablement tonné le procureur, en réclamant quatre ans de prison dont deux avec sursis. Muré dans le silence, le prévenu s’en sort avec une peine de trois ans dont 18 mois avec sursis assortis d’une obligation de soins.

(1) Les prénoms ont été changés.

Source LP 

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