L’infanticide jugé en cour d’Assises des Vosges

Prenant le contre-pied de l’avocat général, qui, lors de l’audience, le mois dernier, avait jugé que Christine P. ne pouvait être renvoyée aux assises, la chambre de l’instruction de Nancy a estimé hier que cette mère de famille de 46 ans qui avait tenté d’assassiner en mai 2016 à Vagney sa fille avec un couteau, n’était pas irresponsable pénalement et l’a renvoyée devant la juridiction criminelle. Elle devrait donc être jugée dans l’année qui vient. Elle a cependant cinq jours pour introduire un pourvoi en cassation.

Le 16 mai 2016, vers 23 h 30, Christelle P, qui ne supportait pas la séparation que venait de lui annoncer la veille son mari, a décidé de donner la mort à leurs trois enfants, âgés de 10, 14 et 16 ans, auxquels elle avait administré des somnifères. Elle voulait se suicider dans la foulée. La femme a repris ses esprits après avoir mis deux coups de couteau dans la carotide de sa fille de 14 ans.

Lors de l’audience devant la chambre de l’instruction, le mois dernier, la mère, dans un silence glacial, avait narré cette funeste soirée : « Je vais voir Lola qui dort, je me mets assise sur son lit. Je la regarde dormir. Cinq, dix minutes peut-être. J’ai le couteau dans la main droite, je le regarde, je me dis que je ne peux pas faire ça. Je pique une première fois. Lola ouvre les yeux. Elle me regarde, je pique une seconde fois. Elle porte la main à sa gorge. ‘’ Maman, qu’est-ce que tu fais ? ‘’. Je lui dis ‘’ Ma chérie, on va s’en aller… ‘’. Il y a beaucoup de sang, et, là, c’est la bascule dans ma tête. Je prends conscience de mon geste, j’appelle les secours ».

Un dossier transmis à la chambre de l’instruction

Depuis 2008, quand la justice soupçonne qu’un mis en examen n’a pas toute sa tête au moment des faits, le dossier est transmis à la chambre de l’instruction. Cette dernière, lors d’une audience publique, détermine alors si la personne est renvoyée aux assises ou est déclarée irresponsable car son discernement, au moment des faits, était aboli.

Lors de l’instruction de cette affaire de Vagney, trois expertises psychiatriques ont été réalisées. Ce sont elles qui ont amené la saisine de la chambre de l’instruction. Deux des médecins ont en effet penché pour une abolition du discernement, le troisième a évoqué une altération. Ces rapports d’experts ont été au cœur de l’audience au cours de laquelle l’avocat général avait assuré qu’il voyait mal « comment on peut écarter les deux experts qui concluent à une abolition ». Il en a été autrement.

Pour Me Émilie Fritsch, avocate de la mère de famille, c’est « une énorme déception. Nous irons chercher cette abolition aux assises ».

Eric NICOLAS via Source 

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