MANOSQUE: Devant les assises pour le meurtre d’un couple

Ils étaient des « petites gens » qui avaient quitté leur Pologne natale pour une terre pleine de promesses, la France. Elle était employée de bureau. Il était menuisier. Elle avait rejoint son compagnon arrivé en éclaireur dans les Alpes-de-Haute-Provence, il y a quelques années. À la suite d’un accident de travail, il s’était retrouvé en invalidité, entraînant inéluctablement des problèmes d’argent. Le couple, qui habitait Manosque, s’était finalement expatrié à Riez en 2013, espérant des fins de mois meilleures. Séparés de leur unique fils sous le coup d’une mesure de placement, ils retournaient régulièrement dans la cité de Giono pour lui rendre visite.

Ce 29 mai 2015, Andrzej Czerwonka, 50 ans, et Anna Dorota Herda, 44 ans, viennent justement de raccompagner leur fils au collège après avoir déjeuné avec lui. Ils doivent attendre leur bus pour rentrer à la maison. Un car qu’ils ne prendront jamais. Leurs deux corps sont retrouvés inanimés plus tard dans l’après-midi sur la pelouse défraîchie d’un parc de la rue René-Char. Ils présentent plusieurs blessures, essentiellement à la tête et au visage.

Sur place, les policiers cueillent un homme visiblement alcoolisé et vers qui se tournent les premiers soupçons. Selon plusieurs témoins, Artur Postawa, un SDF de nationalité polonaise alors âgé de 40 ans, serait l’auteur des coups mortels portés aux deux victimes. Une femme l’accompagne. Elle, aurait vu toute la scène sans même intervenir. Agnieszka Witasinska est à son tour interpellée par les forces de l’ordre et mise en examen.

« Il pourrait avoir un changement de position »

À l’issue de l’instruction, l’homme, déjà recherché en Pologne au moment des faits, a été renvoyé devant la cour d’assises des Alpes-de-Haute-Provence pour meurtre. Si lors de ses premières auditions, Artur Postawa balayait une quelconque culpabilité, « il pourrait avoir un petit changement de position », précise un de ses conseils Me Talissa Abegg qui défend l’accusé avec son confrère du barreau d’Aix-en-Provence Me Vincent Penard. « Il a quand même hâte que le procès arrive, poursuit son avocate. Trois ans, c’est long. »

« Elle ne reconnaît pas les faits »

Sa « compagne de rue », qui comparaîtra libre, doit répondre de non-assistance à personne en danger. Des faits que « Madame ne reconnaît pas. Elle s’expliquera devant la cour », indique Me Anna Triqui (barreau d’Aix-en-Provence et d’Ajaccio) qui partagera la défense d’Agnieszka Witasinska avec Me Cyril Lubrano-Lavadera (barreau d’Aix-en-Provence et de Madrid).

En face, Me Pierre Caviglioli et Me Valérie Coriatt (barreau de Marseille) représenteront les intérêts d’une douzaine de parties civiles. Essentiellement des proches d’Andrzej Czerwonka et d’Anna Dorota Herda. Dont leur fils, qui vit aujourd’hui en Pologne après avoir été adopté par une tante. « L’objectif est qu’elles [parties civiles] soient reconnues en tant que victimes. Cela est nécessaire dans la démarche de deuil », indique Me Caviglioli.

Le procès qui s’ouvre ce matin doit durer quatre jours.

Par Émilie CHAUVOT avec DL

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