Colère et peur sur Pau après le lynchage d’un homme

Hier notre rédaction a pris le bus pour un reportage et a pu recueillir le témoignage de différents voyageurs. C’est la stupéfaction, et la consternation. Cette violence à l’encontre d’un homme de 32 ans inquiète beaucoup de palois sur le devenir, la sécurité à cette ville.

« Comment on est-on arrivé là ,  comment est-ce possible ,  et c’est une histoire de racisme ,  de drogue , Ou encore le plaisir de tuer s’exclame  les passants. A-t-on délibérément le permis de tuer ici dans notre ville, nous osons plus sortir de chez nous, nous avons peur chaque jour maintenant… »

La nouvelle des interpellations a fait le tour de la cité paloise. Dans le quartier de Saragosse, trois jours après l’agression mortelle de Béli Nébié, 32 ans, roué de coups vendredi soir par un groupe d’adolescents, le placement en garde à vue de trois mineurs par la PJ de Pau est accueilli avec un mélange de soulagement, de désarroi et de colère. « Quel terrible gâchis ! » entend-on. « Ces jeunes-là on les connaît, c’est toujours les mêmes qui traînent et qui cassent. Mais en arriver à tuer ! Pourquoi tant de haine ? » s’interroge-t-on. « Cette mort, ils ne l’ont pas voulue, c’est sûr, je les ai vus grandir ! » affirme, triste et désemparé, un commerçant voisin.

Dans les allées du parc où le drame s’est déroulé, vendredi soir, sous l’œil de nombreux témoins, les réactions des riverains divergent, mais partagent ce point commun : la conviction qu’un tel déchaînement de violence n’a pu surgir sans raison, qu’il existait sûrement un litige entre la victime et ses agresseurs et que celui-ci, s’il était avéré, pourrait être « lié à une histoire de stups ». « Une dette de shit de 30 € », précise même un « grand frère ».

«Les adultes qui étaient là sont restés sans bouger»

« Il était environ 18h30. On venait pique-niquer avec les enfants. Tout d’un coup, au niveau du kiosque, les jeunes, une dizaine de petits, sont arrivés vers cet homme qui marchait tranquillement. Ils l’ont poussé vers le mur. Ils l’ont frappé au cou avec un bâton, avec du plexiglas, puis, au sol, avec une chaise en ferraille !» relatent deux mères de famille. Témoins directs du lynchage, encore sous le choc, elles décrivent une scène ultra violente et rapide qui semblait sans mobile.

Plus loin, Maxime et Joe (prénoms d’emprunt), 17 et 21 ans, affirment l’inverse : « Ce sont les petits qui se sont d’abord fait agresser par ce monsieur ! Les adultes qui étaient là sont restés sans bouger. Eux ont voulu se défendre parce que l’un venait de recevoir un coup de poing au visage. Regardez : il a eu sept points de suture à l’arcade sourcilière ! » enchaîne Joe en montrant une photo sur son téléphone.

«Honte aux jeunes auteurs imbéciles de cet acte barbare»

Sur le pas de porte de l’appartement familial, dans un immeuble voisin, une proche de Béli Nébié, sans doute l’une de ses sœurs, congédie doucement. « Laissez-nous le temps de faire notre deuil, soupire-t-elle. Il y a trop de choses qui ont été dites sur lui… On attend d’avoir les éléments de la police. » Sur ce qui a filtré des antécédents judiciaires de cet homme, revenu vivre à Pau depuis peu, la procureure de la République, Cécile Gensac, a tenu à cette mise au point : « La victime n’était pas inconnue des services de police en région parisienne, mais n’avait pas fait parler d’elle depuis qu’elle séjournait à Pau début 2018. » Ajoutant : « En l’état, aucun lien n’est établi entre son passé et les faits survenus vendredi soir. »

L’autopsie de Béli Nébié doit être réalisée d’ici à mercredi. Au cinéma où il travaillait tôt le matin comme agent d’entretien, dit-on, dans une zone commerciale éloignée du quartier, nul n’a eu vent du drame. Sur la pelouse où il s’est effondré, une croix jaune marque encore le sol. Dans les fleurs posées là, sur un bout de papier, une main furieuse a écrit ces mots : « Honte aux jeunes auteurs imbéciles de cet acte barbare. » Nicolas, 21 ans, qui passe devant, se désole : « Personne ne pensait que ça irait aussi loin. Ils ont brisé une vie et une famille. Ils ont brisé aussi leurs vies. »

avec  la rédaction et notre correspondant confrère du parisien .

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