A la barre : Le récit du père meurtrier de Gagny

Grégory B. est jugé pour l’enlèvement et le meurtre de son fils de 2 ans, à Gagny (Seine-Saint-Denis) en juin 2015. Le verdict est attendu ce vendredi.

Pourquoi, si le couple va mal, s’en prendre à son propre enfant ? Au micro, l’expert psychologue qui a examiné Grégory B., qui a tué son fils de 2 ans à Gagny en 2015, apporte une piste de réponse à la cour d’assises : « l’enfant porte et supporte tout, c’est parce qu’il y a l’enfant, qu’il y a la mère et le père. Sans lui, pas de filiation. »

Dans le box, Grégory B. semble peu goûté l’analyse du psychologue. Il fait non de la tête à plusieurs reprises. Et lorsque la présidente lui donne la parole, en fin de journée, il se lance, vite et longtemps. Il impressionne d’abord par son flot de paroles, si rapide que la présidente lui demande de ralentir.

Ensuite, par le ton posé au regard du récit atroce qu’il livre de ce 23 juin 2015. Le père s’était rendu au Mans où vivait Samuel avec sa maman, dans un foyer mère-enfant. Le couple vivait au rythme des séparations, avant même la naissance de l’enfant. Mais les parents continuaient de se voir, entretenant même des relations conjugales. Le 21 juin, la fête des pères s’était bien passée de l’avis de Grégory. S’il est reparti au Mans deux jours plus tard, c’était, dit-il dans l’intention d’obtenir de la mère des documents pour une requête devant le juge des affaires familiales. « J’espérais une garde alternée, j’étais pas rassuré, j’avais peur qu’elle parte avec Samuel et que je le revois plus », dit-il. Mais au square, une nouvelle altercation éclate, Samuel tombe de la poussette, se blesse à la tête, et son père le prend.

« J’avais faim, lui aussi, et je n’avais pas de biberon sur moi, ni d’argent, j’ai repris le train pour rentrer à Gagny », dit-il. « Ça aurait pu être une réconciliation de plus ce jour-là », suggère la présidente Xavière Simeoni. « Vu le conflit, je n’avais pas envie », répond l’accusé. De retour chez lui, il raconte les derniers instants de son fils : « un biberon et un reste de riz ou de lentilles », puis il dit l’avoir laissé avec ses jouets pendant qu’il allait s’allonger sur son lit. « J’étais très mal, c’est abominable, je me sens comme une merde… ensuite, il est monté sur le lit, j’ai pris un oreiller, je l’ai étouffé… Malheureusement, ça s’est fait machinalement, j’avais trop d’émotion, un surplus, pour moi c’est mécanique, machinal, quasiment instantané, je sais pas comment on peut appeler ça, un coup de folie. »

La mère de Samuel quitte la salle, en pleurs, soutenue par une cousine. Elle n’entend pas l’évocation des 32 coups de couteau, « avec le plus petit couteau pour éviter de charcuter ». « Vous avez dit qu’il s’était battu comme un soldat, comme un roi ? » lui rappelle la présidente. « C’était une erreur de parler comme ça. Bien sûr que c’est horrible. »

Grégory B. ne s’est rendu que le lendemain. Après avoir vu un ami, puis une cousine, chez qui il a passé la nuit et s’est fait couper les cheveux. Tous deux ont été condamnés pour non-dénonciation de crime. L’ami avait de surcroît forcé les scellés de l’appartement pour revendre quelques objets afin d’aider financièrement Grégory pendant sa détention. Aucun n’avait songé à prévenir les secours.

« Mon idéal, c’était que Jennifer et moi, on soit avec Samuel », explique Grégory B. qui avait pourtant menacé une fois de « tuer l’enfant ». Il évoque « un acte de folie », de « stupidité » il « regrette pour Jennifer, Géraldine, sa famille »… Mais il ne cite pas le prénom de son fils. Le verdict est attendu aujourd’hui.

Source LP

Soyez le premier à commenter

Laisser un commentaire