Gérald Darmanin : son accusatrice «ira jusqu’au bout»

En réitérant ses accusations contre le ministre, une ex-call-girl relance une procédure qui avait été classée sans suite par le parquet faute d’infraction.

Un dîner, suivi d’une soirée dans un club privé, puis d’une relation sexuelle dans un hôtel. C’est cette séquence, qu’elle dit remonter au 17 mars 2009, que Sophie Spatz a détaillée jeudi dernier huit heures durant devant les hommes de la PJ, comme l’a révélé samedi « le Monde ». Une soirée au cours de laquelle cette ex-call-girl, aujourd’hui âgée de 46 ans, assure avoir été violée par Gérald Darmanin, l’actuel ministre de l’Action et des Comptes publics. Après le classement sans suite de sa plainte cet été, elle l’a réactivée, entraînant de fait une nouvelle enquête préliminaire le 22 janvier.

A l’époque âgé de 26 ans, Gérald Darmanin est conseiller juridique à l’UMP. A ce titre, Sophie Spatz sollicite un rendez-vous. Elle est obnubilée par une condamnation remontant à 2004, qu’elle juge inique et souhaite voir modifiée. Jugée coupable d’avoir menacé et fait chanter un ex-petit ami, elle a écopé de deux ans de prison avec sursis, et n’a plus qu’une obsession : que Gérald Darmanin intercède en sa faveur au plus haut niveau.

Le premier, il lui offre une oreille attentive. « Il lui propose alors de dîner dans un restaurant, écrira huit années plus tard Pierre Spatz, le mari de Sophie, dans un courrier de dénonciation adressé en mai 2017 à François Bayrou, tout juste nommé ministre de la Justice, comme Gérald Darmanin vient de l’être aux Comptes publics. Mon épouse, dépressive, accepte. » Elle serait alors restée le plus longtemps possible dans la salle de bains de l’hôtel pour « repousser le moment fatidique au maximum », écrit, dans sa plainte, son avocate, Me Elodie Tuaillon-Hibon. « Constatant que l’acte était toujours au programme, Mme Spatz dira […] s’être projetée dans ce qui allait être [sa] vie future après qu’elle aura été innocentée. »

A-t-elle explicitement refusé ce rapport sexuel ? « C’est tout le débat juridique sur le consentement, martèle Me Tuaillon- Hibon. Psychologiquement, M. Darmanin aurait dû être conscient qu’elle était clairement dans l’opposition. » Juridiquement, l’avocate considère ainsi que ce consentement a été acquis « par surprise », ce qui est l’un des fondements du viol, quand bien même rien ne dit que cette qualification sera retenue à l’issue de l’enquête.

Nombreux échanges

Jusqu’à l’avènement du premier gouvernement Philippe, les choses resteront en l’état. « Ayant perdu toute confiance dans le fonctionnement de la justice et dans les politiques, elle n’a pas porté plainte », justifie son mari dans sa lettre à François Bayrou. Entre-temps, comme l’attestent des échanges SMS que nous avons pu consulter, Sophie Spatz a continué à échanger avec Gérald Darmanin, au moins jusqu’en 2012. A plusieurs reprises, ce dernier souhaite la revoir pour un verre. Reconnaît, une fois, être « sans doute un sale con ». De nombreux échanges évoquent l’actualité politique. Une autre fois, déclinant un rendez-vous, elle lui propose : « Si tu préfère la semaine prochaine on dine club ? (sic). »

« Il y a toujours une quête de la victime vierge et idéale, plaide M eTuaillon-Hibon. Ce qui n’est jamais le cas. Sans parler de l’image d’Epinal du viol qui se déroule forcément au coin d’une rue, avec des vêtements déchirés. Cette question du viol doit être abordée différemment. » Alors qu’une première enquête a été diligentée en juin dernier, cette dernière sera classée sans suite, Sophie Spatz ne s’étant jamais rendue à plusieurs convocations. « Parce qu’elle était mal conseillée, et parce que son entourage tentait de l’en dissuader, arguant qu’elle avait en face d’elle un homme haut placé », souligne son avocate.

Depuis, comme c’est possible dans ce type de dossier, cette première plainte a été suivie d’une seconde. « Cette fois, assure MeTuaillon-Hibon, ma cliente a franchi un cap. Elle ira jusqu’au bout. » Les avocats du ministre ont déposé plainte pour « dénonciation calomnieuse » dès juin 2017.

Source Le Parisien

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