Affaire Fiona : l’ultime vérité sur la mort de Fiona?

Le procès en appel de Cécile Bourgeon et de Berkane Makhlouf, mère et beau-père de la fillette de 5 ans jugés pour coups mortels aggravés, s’ouvre ce lundi. Une dernière chance de connaitre les raisons du décès de l’enfant. Un quitte ou double pour les accusés qui nient les violences et risquent 30 de prison.

Sa jolie bouille d’enfant au regard malicieux est restée gravée dans la mémoire collective : c’est celle de Fiona, la petite disparue que tout Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme) a cherché, en vain, en 2013, avant que sa mère et son beau-père n’avouent leur mensonge et son décès.

Pour la troisième fois –le procès en appel en octobre avait été interrompu et renvoyé– Cécile Bourgeon, 30 ans, et son ex-compagnon Berkane Makhlouf, 36 ans, comparaissent détenus à partir de ce lundi au Puy-en-Velay devant la cour d’assises de Haute-Loire pour tenter de percer le mystère de la mort de cette fillette de 5 ans, retrouvée, selon leurs dires, inanimée dans son lit, au lendemain d’une nouvelle journée de «défonce ». Le couple de toxicomanes, « en panique », serait alors parti enterrer la petite aux alentours du lac d’Aydat, à quelques kilomètres de Clermont-Ferrand. Une sépulture qu’ils n’ont jamais réussi à localiser, laissant planer le doute sur les circonstances de sa mort. Fiona a-t-elle succombé à des mauvais traitements de Berkane, comme l’a laissé entendre Cécile Bourgeon, à un déchaînement conjoint de violences comme le soutient l’accusation, ou encore à une ingestion accidentelle de drogue ? Jugés tous deux pour « coups mortels aggravés », les accusés encourt jusqu’à 30 ans de réclusion criminelle.

Un premier verdict mal compris en 2016

En dépit des dénégations de Berkane Makhlouf et des revirements embrouillés de Cécile Bourgeon, les jurés de Riom avaient tranché en 2016 : vingt ans de prison pour le premier, reconnu coupable des violences, et cinq ans pour la seconde, pour avoir mis en scène la disparition de Fiona. Un verdict mal compris, qui avait engendré l’appel quasi-immédiat du parquet général et des manifestations de haine devant le tribunal. « L’opinion a été presque plus sévère envers cette mère coupable de n’avoir pas fait ce qu’il fallait pour protéger sa fille – ce qu’elle reconnaît – mais surtout d’avoir menti et suscité une empathie trompeuse », analysent Mes Renaud et Gilles-Jean Portejoie, ses avocats. Tous deux décrivent une femme « lasse », gavée aux médicaments et aux idées suicidaires, et espèrent qu’une nouvelle fois, «la justice laissera l’opinion à la porte du prétoire ». L’enjeu est de taille : si la cour d’assises de Haute-Loire venait à confirmer cette peine, Cécile Bourgeon serait libérable immédiatemment.

Pour les nombreuses associations de défense de l’enfance qui se sont constituées partie civile, ainsi que pour le père de la fillette Nicolas Chafoulais, l’essentiel est ailleurs : il espère, enfin, savoir comment sa fille est morte et retrouver sa dépouille. Pas sûr toutefois que les conditions d’un débat serein ne soient réunies pour faire éclater la vérité. Les deux précédentes audiences avaient déjà montré à quel point l’affaire génère une passion déraisonnable : la première avait été marquée par un témoin surprise… en fait, une voyante qui prétendait « communiquer » avec Fiona ; la seconde, il y a quatre mois, avait été ajournée après une altercation entre avocats. « Le renvoi, c’était une mascarade », peste encore Nicolas Chafoulais, qui voudrait « recentrer le procès sur les faits » et ne plus « voir des avocats se tirer dans les pattes ».

Trois témoins « jamais entendus à la barre »

Me Marie Grimaud, avocate de l’association Innocence en danger, qui avait mis le feu aux poudres à la précédente audience en suggérant une collusion entre avocats de la défense, promet pourtant des révélations… et une ambiance électrique. La pénaliste a en effet demandé l’audition de trois témoins « jamais entendus à la barre ». « Il y a un certain nombre de détails qui avaient échappé à l’attention des uns et des autres et qui me semblent être la clé de ce qu’a vécu Fiona. Je compte bien les exploiter pour obtenir la vérité », prévient-elle. Verdict prévu le 9 février.

La chronologie de l’affaire

12 mai 2013 : Cécile Bourgeon signale la disparition de sa fille aînée, Fiona, dans un parc de Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme), alors qu’elle s’était assoupie. D’intenses recherches sont mises en place, complétées par des appels à témoins et la mise en place d’un numero vert.

24 septembre 2013 : après quatre mois d’enquête, Cécile Bourgeon, qui vient d’accoucher d’un petit garçon, et son compagnon Berkane Makhlouf sont interpellés à Perpignan (Pyrénées-Orientales), où le couple s’est installé. Ils révèlent avoir mis en scène la disparition de Fiona, qui est en réalité morte.

13 mai 2014 : la troisième campagne de fouille près du lac d’Aydat pour retrouver la dépouille de Fiona, où le couple dit l’avoir enterrée après l’avoir retrouvée inanimée, se révèle infructueuse.

25 novembre 2016 : la cour d’assises du Puy-de-Dôme condamne Berkane Makhlouf à 20 ans de réclusion criminelle pour violences ayant entraîné la mort sans intention de la donner sur mineur de 15 ans. Cécile Bourgeon est acquittée des coups mortels, et écope de cinq ans de prison pour des délits connexes (non-assistance à personne en danger, recel de cadavre notamment).

9 octobre 2017 : le procès en appel s’ouvre devant les assises de la Haute-Loire. Il est ajourné au bout d’une semaine, après une altercation entre avocats.

Source Le Parisien 

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