Quimper. Chantage au suicide : la honte d’un père

 

J’ai honte de moi d’avoir fait subir ça à ma fille », a déclaré le prévenu, dans un état de douleur et de honte visibles à l’audience.

Un homme brisé, rongé par le remords, a comparu ce jeudi soir devant le tribunal de Quimper. À l’aide d’un fusil de chasse, il s’était livré à un simulacre de suicide devant sa fille de 10 ans.

De sa propre initiative, il n’a pas revu sa fille depuis le 28 mai 2017. « Je fais des lettres et l’assistante sociale les lui donne. Je sais plus comment faire pour revenir en arrière », explique-t-il à la présidente Mylène Sanchez, qui essayait de savoir, auprès de ce prévenu mal dans sa peau, s’il avait vraiment conscience de l’impact psychologique sur son enfant.

« Ça m’a agacé »

Nous sommes donc le dimanche 28 mai dernier, dans une commune du pays de Concarneau. C’est le jour de la Fête des mères mais Virginie (*), 10 ans, passe la journée avec son père, qui a un droit d’hébergement. Ses parents sont séparés. Leur relation s’est dégradée peu après sa naissance. Ce jour-là, son papa se met à boire des bières dès la fin de matinée. À 15 h, il est ivre. Virginie est visiblement habituée à le voir comme ça, puisqu’elle lui dit de baisser la musique et d’aller se reposer.

Elle envoie aussi un texto à sa mère pour lui souhaiter une bonne fête. « Ça m’a agacé, convient-il. Ma fille m’appelle jamais, moi. Mes nerfs ont pris le dessus. Je suis assez incontrôlable dans ces cas-là ». Il dit alors à Virginie qu’il va prendre une corde et se suicider. Puis il s’en va chercher un fusil de chasse à canon scié. Elle le voit engager une cartouche dans un canon puis il se met à genoux devant elle et s’applique les deux canons sous le menton, en prévenant qu’il va d’abord tuer sa mère. L’enfant pleure. Il a ensuite un éclair de lucidité, range l’arme. « J’ai dû lui dire pardon, ma petite ».

Lorsque les gendarmes, alertés par la maman que sa fille a appelée, arrivent sur les lieux, le prévenu, âgé de 42 ans, dort dans son extension. C’est Virginie qui leur ouvre. Sa tante s’est déplacée pour la prendre en charge. Le père, cette fois réveillé, lance à sa fille qui part : « Tu es contente de toi ? Ta mère a eu ce qu’elle voulait ! ». La présidente le fixe : « C’est de la culpabilisation, ça, non ? ». Il répond, honteux : « C’est sorti tout seul ». Virginie, marquée, ne pourra pas aller à l’école le lundi mais dès le mardi, elle racontera la scène et sa peur à son enseignante. « J’ai perdu pied. J’ai déconné complètement. J’ai honte de moi d’avoir fait subir ça à ma fille », bredouille-t-il.

« Il a la pudeur de s’effacer »

Le fusil à canon scié et bien d’autres armes – qui appartenaient à son père décédé – seront saisis par les gendarmes. Depuis, le prévenu sait que Virginie a de très bonnes notes mais ignore si elle est suivie psychologiquement. « Ça vous paraîtrait aberrant ? », demande la présidente. « Non », souffle-t-il. La procureur Fatou Mano décrit « le calvaire » de l’enfant et requiert neuf mois de sursis, mise à l’épreuve avec obligation de soins et de suivre un stage sur l’autorité parentale.

Me Fabrice Petit, en défense, livre une plaidoirie sensible. « Virginie a vécu une scène qu’elle n’aurait jamais dû vivre. Mon client en crève de honte et de douleur. Et, aussi, il crève de solitude. Il a la pudeur de s’effacer. J’espère qu’un jour, elle réclamera son père. Il aura des choses à lui dire ». Il est condamné à trois mois de sursis et mise à l’épreuve pendant deux ans, avec obligations de soins, de suivre une formation et l’interdiction de détenir une arme pendant cinq ans. Son arsenal est confisqué.

* Prénom modifié
© Le Télégramme

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