Viarmes : il se bat pour récupérer son fils emmené au Mexique par sa mère

Renaud Cortes, 31 ans, se bat pour récupérer son fils Diego, 5 ans et demi, emmené en avril 2015 par sa mère au Mexique qui refuse depuis de rentrer en France.

À l’étage de la maison de Viarmes, la chambre de Diego n’a pas bougé. Sa table et ses chaises d’enfant au centre de la pièce, ses Playmobil® dans un coin, à côté de son cheval à bascule, ses jouets par dizaines éparpillés au sol… « Je n’entre jamais, c’est trop dur », soupire Renaud Cortes avant de se saisir avec tendresse d’une peluche posée sur le lit. C’était sa préférée. Il l’avait tout le temps avec lui et il n’a même pas pu l’emmener. »

Cela fait deux ans et demi que son fils, Diego, 5 ans et demi aujourd’hui, n’a pas joué dans cette chambre. Depuis que sa mère, Magaly, l’a emmené avec elle à Acapulco, au Mexique, où vit toute sa famille.

La justice parle d’une rétention parentale, mais c’est un enlèvement ! », insiste le père de 31 ans.

Depuis deux ans, il mène sans relâche une bataille contre la justice mexicaine pour récupérer son enfant alors que le tribunal de Pontoise lui a accordé la garde exclusive.

Une des villes les plus dangereuses au monde

C’est au Mexique que ce professeur en collège rencontre Magaly. Un mariage en France suivi d’une grossesse en 2011, le couple s’installe à Acapulco où naît Diego. Mais face aux problèmes d’insécurité dans l’une des villes les plus dangereuses au monde, les parents décident de revenir à Viarmes.

Tout se passait bien. Le petit était inscrit à la crèche, on faisait plein de choses, on était heureux. »

Magaly a toutefois le mal du pays. Sa famille lui manque. En avril 2015, son père décède des suites d’un cancer. « C’est à ce moment-là que tout a basculé. »

« Récupérer mon fils en secret »

La jeune maman se rend à Acapulco emmenant avec elle Diego. Si lors de ses visites précédentes elle avait pour habitude de contacter quotidiennement Renaud, elle ne donne cette fois-ci que très peu de nouvelles.

Magaly m’explique qu’elle est très occupée et qu’elle ne peut pas me passer le petit. Dans le même temps, je vois qu’elle réalise des achats importants avec la carte de notre compte. Elle m’avoue alors qu’ils refont la maison de sa mère. »

Dans une situation financière difficile, Renaud s’inquiète davantage à la suite d’un étrange message envoyé par une voisine de la famille de sa femme. Elle lui affirme que cette dernière est sous influence et qu’il doit venir récupérer son fils en secret. « J’ai des doutes, mais je me dis que c’est impossible. » Sauf qu’à la veille de prendre l’avion, la mère de Diego lui annonce qu’elle ne reviendra pas et qu’elle garde avec elle leur fils.

« Si tu veux voir ton fils, il va falloir payer »

Dans la foulée, Renaud apprend que sa femme a déposé plainte contre lui au Mexique l’accusant de violences psychologiques, physiques et sexuelles. « Tout cela est faux ! », s’insurge l’enseignant qui décèle le piège.

Elle me disait de venir les rejoindre à Acapulco sans savoir que j’étais au courant. »

Il est également informé que sa femme s’est remise avec son ancien conjoint. « Un fils d’un homme politique aux nombreuses relations au sein de la police et de la justice. »En juillet 2015, l’enseignant déclare la soustraction de Diego par sa mère et porte plainte auprès de la gendarmerie de Viarmes. Il demande par ailleurs le divorce et constitue un dossier pour récupérer son fils s’appuyant sur les accords de la convention de La Haye relative aux enlèvements internationaux d’enfants.

Normalement tout devait être réglé en six semaines. »

La justice française statue ainsi rapidement en faveur de Renaud. Il faudra par contre attendre cinq mois pour que la juge aux affaires familiales d’Acapulco se saisisse du dossier accordant à son tour la garde de Diego à son père. Mais Magaly présente aussitôt une requête qui bloque le dossier pendant deux ans. Durant cette période, Renaud n’a son fils au téléphone qu’une fois par mois, au mieux.

Du jour au lendemain on est passé de ’’je t’aime’’, à ’’si tu veux voir ton fils il va falloir payer’’ ».

Insultes et menaces de mort

Ce n’est qu’en septembre dernier, deux ans et demi après l’avoir déposé à l’aéroport avec sa mère, que le papa, convoqué pour une audience de conciliation à Acapulco, revoit son petit garçon.

Il m’a sauté dans les bras et m’a dit qu’il m’aimait. Puis il m’a demandé si c’était vrai que j’avais fait du mal à sa mère… »

Renaud apprend que son ex-femme a donné une interview à la télévision mexicaine dans laquelle elle affirme que le juge a été corrompu par ce « Français avec ses euros » pour lui enlever son enfant. Elle confie, par ailleurs, s’être enfuie de France car son mari les maltraitait, elle et son fils, et l’obligeait à se prostituer.

Avec mon père qui m’accompagnait, nous avons été insultés et menacés de mort. On craignait pour notre vie.

Un procès sous tension : C’est un procès sous tension qui s’ouvre ainsi le 13 septembre.

Dans la salle d’audience, il y avait cinquante personnes venues appuyer Magaly. Il y a eu des pressions sur le juge. Il ne voulait pas trancher, cherchant une solution à l’amiable. Il me dit que si Diego vient vivre avec moi en France, il devrait revenir tous les week-ends voir sa mère au Mexique ! »

Le délibéré renvoyé en octobre, le petit garçon est confié à sa mère. Une décision dont le père de famille a fait appel, sans se faire d’illusions.

Ce sera la même mascarade. Ce que je vise c’est la cour suprême qui, elle, ne pourra pas ignorer la convention de La Haye ».

« Elle m’a retiré ma fonction de père »Aujourd’hui, c’est un « cauchemar » quotidien que vit Renaud.

Tous les jours je vois des parents déposer leurs enfants au collège. Moi, je ne vois plus mon fils. Je ne peux plus vivre dans notre maison, je ne peux plus passer devant son école… »

Depuis le procès, Renaud n’a eu son enfant au téléphone qu’une fois.

 Il se pose des questions, il ne comprend pas pourquoi je ne le vois pas… C’est déjà le troisième Noël que je vais passer sans lui », soupire-t-il des sanglots dans la voix avant un long silence.

Des larmes dans les yeux, luttant pour éviter qu’elles ne coulent sur son visage, il finit par lâcher :

Elle m’a enlevé Diego, elle m’a retiré ma fonction de père ! C’est un peu comme si mon fils était mort… »


Si Renaud pointe du doigt la justice mexicaine « corrompue qui se moque des lois », il n’est pas moins amer à l’égard de son homologue française et du gouvernement. « Ce qui me surprend le plus, c’est que je n’ai aucun appui. On m’explique qu’il est impossible d’intervenir auprès de la justice mexicaine alors que le tribunal de Pontoise m’a accordé la garde exlusive de Diego, avec une résidence principale en France. » Assignée à comparaître lors du jugement, sa mère ne s’était pas présentée. Renaud a alors porté plainte auprès du procureur de la République de Pontoise pour rétention illicite, sans obtenir de réponse de sa part. Contacté, le tribunal de grande instance de Pontoise n’a pas donné suite.
« En fin de compte, c’est facile d’enlever un enfant. Il suffit de partir avec et de quitter le pays. Quand je vois comment la justice fonctionne, que les accords internationaux ne sont pas respects, je me rends compte que nous, parents, nous ne sommes pas protégés. Je ne suis qu’un cas parmi des milliers d’autres. Si la justice ne fait pas quelque chose pour freiner ce genre de choses, il y aura toujours plus d’enlèvements.»

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