L’inquiétant chef de clan voulait récupérer à tout prix son fils

Ce dossier transpire l’angoisse, la peur, la claustration. Mais également l’amour. Au centre de l’affaire, Tony Hourez, le prévenu, barbu, trapu, la quarantaine ventripotente. Originaire du Nord de la France, il comparaissait, hier, engoncé dans sa veste, façon gilet de sauvetage, devant le tribunal correctionnel de Narbonne, présidé par Philippe Romanello.

 Surnommé «Le Thénardier des temps modernes» par la presse

Les faits qui lui sont reprochés remontent au 21 décembre dernier. Ce jour-là, à 10 heures du matin, sa compagne s’enfuyait de leur domicile de Conilhac-Corbières, son fils de deux ans dans les bras. Manifestement paniquée, elle suppliait une automobiliste de l’accompagner à la gendarmerie de Lézignan-Corbières. Arrivée dans le village, la victime était rattrapée par Tony et son fils de 18 ans, également poursuivi par la justice… Pour récupérer son enfant et l’arracher des mains de sa mère, le père de famille cassait l’une des vitres arrière du véhicule…

Depuis, l’homme de 42 ans est incarcéré. Il faut dire que Tony n’est pas n’importe qui. Celui dont le casier judiciaire porte 12 mentions, avait, en 2013, fait les gros titres de la presse nationale. Le quotidien Aujourd’hui en France l’avait surnommé «Le Thénardier des temps modernes». À l’époque, lui, son épouse, et son fils aîné avait été mis en examen, dans le Pas-de-Calais, pour «traite des êtres humains», «séquestration», «violences volontaires», «travail dissimulé», et «viols».

Trois femmes, 11 enfants

Écroué 11 mois, dans le cadre de cette enquête, le suspect, défendu par «LE» ténor du barreau, Éric Dupond-Moretti, a finalement été libéré et placé sous contrôle judiciaire. L’instruction suit son cours… «Je n’ai rien fait. Sauf le travail dissimulé», jurait, hier, à la barre Tony, assisté du bâtonnier Me Philippe Calvet. Tony, père de 11 enfants, issus de trois unions différentes. Et qui s’avère toujours très proche de sa première femme, de qui il n’a jamais divorcé, et de sa deuxième compagne. Lorsqu’il a quitté le Pas-de-Calais, il y a quelques mois, pour gagner l’Aude, dans l’idée d’ouvrir un complexe hôtelier, l’ensemble du clan l’a d’ailleurs suivi, femmes et enfants…

Était-elle retenue prisonnière ?

Tony, c’est le patriarche, celui dont tout le monde dépend. Économiquement surtout. Le problème, c’est que sa troisième femme qu’il a rencontrée, il y a deux ans via internet, répugne à intégrer la tribu, à accepter la présence de ces deux autres amantes ou ex-amantes… Voilà le point départ de ce fait divers. Nathalie, son dernier amour en date, qui a donné naissance à un grand prématuré en octobre 2015, s’était déjà échappée, à deux reprises, de la grande demeure de Conilhac pour rejoindre les Hauts-de-France.

Une question s’impose. Était-elle retenue prisonnière chez Tony ? Il ressort du dossier que la nuit, la porte de sa chambre était verrouillée de l’extérieur, et les clefs dissimulées dans la maison…

«Elle pouvait partir quand elle voulait»

Le prévenu s’en défend formellement : «Elle pouvait partir quand elle voulait. Je ne voulais pas qu’elle prenne mon fils, c’est tout ! Elle pouvait faire absolument tout ce qu’elle voulait. Mais mon fils est à moi !», assène-t-il depuis le box, entouré de trois gardiens. Dans le prétoire, quasiment toute la famille du suspect est présente et le soutient. La victime, représentée par Me Muriel Mignot, elle, est absente. Quant au bébé, dont les intérêts sont défendus par Me Pierre Charpy, il a été placé. En novembre 2017, Tony a formulé une requête devant le juge des affaires familiales qui sera examinée en mars prochain.

«Le bébé a été traumatisé»

Dans cette affaire, le parquet a abandonné la qualification d’«enlèvement et séquestration», considérant que la justice ne s’étant pas prononcée au sujet du droit de garde, le procureur de la République Laurent Dagues a seulement retenu les violences sur ascendant de moins de quinze ans : «Ce bébé a été traumatisé par l’événement», a-t-il insisté. Réquisitions : neuf mois de prison dont trois avec sursis pour Tony et deux mois avec sursis pour son complice présumé.

Condamné en tout à 21 mois de prison

Le suspect principal a été condamné à neuf mois de prison ferme, et un sursis d’un an a été totalement révoqué. Le tribunal a prononcé son maintien en détention. En théorie, il devrait donc, encore rester 21 mois en prison, et devra verser 5 700 euros de dommages et intérêts à ses victimes. Son fils, conseillé par Me Blandine Ponrouch, a été relaxé. Nul doute que la famille Hourez continuera de faire bloc derrière Tony. Un homme qui n’a pu retenir ses larmes durant les débats. «Ces enfants, il les aime, c’est un fait, souligneront les parties civiles. De la bonne façon ? C’est une autre histoire…», concluront-elles.

 

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