Espagne : 1,2 million de signatures contre les juges ayant disculpé de viol «la meute»

 Cinq hommes ont été condamnés jeudi à 9 ans de prison pour « abus sexuel » et non pour viol après l’agression d’une jeune femme en 2016 à Pampelune. Un jugement qui scandalise l’Espagne.

C’est un jugement qui ne passe pas. Plus d’1,2 million de personnes ont signé, en deux jours, une pétition adressée au Tribunal suprême espagnol pour réclamer l’inhabilitation des juges ayant disculpé jeudi cinq hommes de « viol » tout en les condamnant à la prison pour « abus sexuel » sur une jeune femme. La victime a fait savoir ce samedi qu’elle allait faire appel de cette décision.

Dans le même temps, un vif débat s’ouvrait en Espagne au sujet du respect dû aux magistrats et à leurs argumentations. Le journal El Mundo titrait sur « l’inquiétude générée chez les juges par l' »excessive réaction » » au jugement prononcé jeudi à Pampelune. Des rassemblements de protestation ont eu lieu dans plusieurs grandes villes espagnoles.

Cinq Sévillans, âgés de 27 à 29 ans, qui se surnommaient eux-mêmes « La meute », ont été condamnés à neuf ans de prison pour « abus sexuel », aggravé d’ « abus de faiblesse », sur une jeune Madrilène de 18 ans pendant les fêtes de la San Fermin de l’été 2016. Ils avaient filmé et diffusé sur un groupe WhatsApp leur délit sur la jeune femme, rencontrée moins de dix minutes plus tôt.

Le viol non retenu

Mais les juges n’ont pas retenu le viol, pour lequel le Code pénal espagnol stipule qu’il doit y avoir eu « intimidation » ou « violence ». La pétition commence ainsi : « Puisque le tribunal chargé de prononcer le jugement dans le procès de « La Manada » (La meute) conclut qu’il n’existe ni violence ni intimidation, je demande l’inhabilitation des magistrats le composant ».

Lancé par une Espagnole de 38 ans, le texte déplore « qu’il y ait des juges et magistrats qui considèrent que pour qu’il existe une agression sexuelle (viol, ndlr), il n’est pas suffisant que cinq hommes agressent une jeune sans défense et en état d’ébriété puis l’abandonnent après lui avoir volé son téléphone ».

Dans leur jugement, les magistrats reconnaissaient cependant qu’ « il est indiscutable que la plaignante s’est trouvée soudain dans un lieu étroit et caché, entourée par cinq hommes plus âgés et à forte carrure qui l’ont laissée impressionnée et sans capacité de réaction ».

Le président du Tribunal suprême et du Conseil général du pouvoir judiciaire, Carlos Lesmes, a fait valoir dans un communiqué publié vendredi que « le tribunal a « évalué minutieusement […] tous les éléments de preuves apportés » ».

Trois juges s’étaient prononcés pour la relaxe

Tout en admettant que toute décision judiciaire peut être critiquée, Carlos Lesmes déplore que des « déclarations de discrédit aient émané de personnes ayant des responsabilités publiques » et conclut que « les juges et les magistrats sont le plus important rempart pour la protection et la défense de toutes les victimes ».

De nombreux Espagnols, ayant manifesté contre le jugement, se sont notamment indignés du fait qu’un des trois juges du tribunal s’était prononcé pour la relaxe des cinq hommes. Le parquet et la région de Navarre – partie civile — ont annoncé vendredi qu’ils feraient appel du jugement.

Le gouvernement conservateur de Mariano Rajoy a annoncé qu’il étudierait l’éventualité d’une réforme du Code pénal.

 Avec AFP

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