Privée de ses enfants après un divorce, cette Varoise se bat contre une « machination de la justice allemande »

Paule-Andrée, 50 ans, en instance de divorce avec un Allemand, se dit victime des agissements de la justice d’outre-Rhin, qui voudrait la priver de ses enfants… Difficile à croire? Pourtant, depuis plusieurs années, des députés européens, notamment, tirent la sonnette d’alarme. Son cas serait loin d’être isolé.

Des divorces qui se passent mal, il y en a. Le sien n’a pas encore été prononcé par la justice allemande, mais Paule-Andrée craint, si elle n’est pas entendue, de ne plus avoir le droit – ou très peu – de voir ses enfants ? Qu’a-t-elle fait de si grave pour mériter ça?

«Rien, assure-t-elle, sinon d’être Française». Un témoignage à peine croyable… sauf qu’il fait étroitement écho à un problème peu connu en France – si ce n’est dans l’Est – et pourtant souvent dénoncé depuis plusieurs années, notamment par des députés européens: le traitement par la justice germanique des divorces binationaux, tous presque toujours prononcés en faveur du parent allemand.

Pour l’autre parent: «Une machine à broyer, lâche Paule-Andrée, dont la finalité est de le priver de ses droits et de ses enfants, pour qu’ils restent là-bas».

DE LOURDES ACCUSATIONS CONTRE L’ALLEMAGNE

Jusqu’en avril 2017 et malgré une volonté réciproque de se séparer, le couple a continué de cohabiter dans la maison familiale, dont il est, aujourd’hui encore, propriétaire à parts égales.

«Mais l’ambiance était devenue invivable», explique-t-elle. Aussi, pour que ses trois filles retrouvent un peu de calme et que la plus grande puisse préparer son bac sereinement, Paule-Andrée avait saisi la justice, dans l’espoir de contraindre le mari à accepter que sa femme et lui vivent dans deux endroits différents.

«J’avais confiance en la justice allemande, confie-t-elle. Mais je me suis fait berner par le juge, qui m’a convaincue de partir, moi, temporairement, pour quelques semaines, dans un appartement payé par mon mari – un directeur commercial, souvent en déplacement, avec de hauts revenus. Que c’était l’occasion de le tester sur sa capacité à s’occuper convenablement des enfants. Et, pour moi, de me reposer».

Après réflexion et sur les conseils de son avocat de l’époque, elle a donc donné son accord, en étant d’autant plus confiante qu’elle enseigne le français dans l’école où ses filles sont scolarisées: elle les verra donc régulièrement…

Avec le recul, elle se dit aujourd’hui: «C’est à ce moment-là que la machine infernale s’est mise en marche.»

Le lendemain, elle a voulu récupérer des affaires personnelles au domicile familial, mais…

«Mon mari avait fait changer les serrures. Et très peu de temps après, la semaine du bac pour être précise, mon mari avait installé une autre femme chez nous, avec mes enfants! Vous imaginez le traumatisme pour mes filles!»

 10 MOIS DANS UN CAMPING-CAR

Dès lors, la justice ne l’entendra plus. Ne fera rien pour qu’elle réintègre le logement familial. Elle vivra 10 mois dans un camping-car, ne pouvant prétendre à des aides pour obtenir un logement où accueillir ses enfants, car elle est toujours propriétaire…

«Le juge connaissait ma situation indigne. Mais il n’a rien fait.»

Plus tard, c’est son avocat qui l’aurait lâchée.

«Sans explication. Il a tout mon dossier, et malgré mes nombreuses demandes, je n’arrive pas à le récupérer. Il m’a coûté 9.000 euros d’honoraires et aujourd’hui, je suis ruinée (1). J’en arrive à me dire que lui aussi joue contre moi, et, plus encore, quand on sait qu’un avocat allemand fait le serment de défendre la patrie, là où un avocat français jure de défendre avant tout son client…»

Sa «descente aux enfers» s’accélère encore quand, toujours dans le cadre de la procédure de divorce, la Jungendamt – office de la jeunesse allemande – et d’autres organismes liés à la protection de l’enfance, s’en mêlent.

Jusqu’à trouver des raisons de lui enlever la garde de ses enfants, qu’elle conteste formellement.

FUGUE OU ENLÈVEMENT?

Qu’en disent les enfants dans tout ça? Sa plus grande fille est aujourd’hui majeure et indépendante: «Mais les plus petites souffrent et me réclament, seulement la justice n’en tient pas compte», assure leur mère.

«Début février, elles sont parties d’Allemagne et ont pris le train pour venir me rejoindre. Elles m’ont appelée une fois arrivées à Strasbourg pour que je vienne les chercher, ce que j’ai fait».

Toutes les trois sont ensuite allées à Sanary, chez les parents de Paule-Andrée… Mais quelques semaines plus tard, des fonctionnaires de la police judiciaire de Toulon s’y sont rendus, munis d’un mandat d’arrêt européen pour “enlèvement d’enfants”.

«C’est totalement ahurissant. Je suis traitée comme une terroriste.» Leur père est alors venu les chercher au commissariat de Sanary «contre leur gré», assure Paule-Andrée.

«Et le mandat d’arrêt est basé sur un faux témoignage. Leur père a affirmé que j’étais allée les récupérer de force en Allemagne! Mais c’est faux et c’est très facile à prouver. Il a même été dire qu’il était présent le jour du pseudo-enlèvement, qu’il n’a rien pu faire pour m’en empêcher. Vu son gabarit par rapport au mien, c’est inimaginable! Sans compter qu’il s’est passé plusieurs semaines entre les faits supposés et la notification du mandat d’arrêt.»

AU TRIBUNAL CE MERCREDI

Ce mercredi, elle comparait devant la chambre des mandats d’arrêt européens et risque l’extradition.

En effet, depuis que ses filles sont reparties en Allemagne avec leur père, Paule-Andrée, qui fait l’objet d’un mandat d’arrêt européen, est placée sous contrôle judiciaire.

«Mais si je retourne en Allemagne, j’ai peur d’aller en prison ou en hôpital psychiatrique, comme c’est arrivé à d’autres parents non-allemands.»

Elle compte beaucoup sur son nouvel avocat, Me Grégory Thuan, spécialisé dans les affaires similaires de divorces binationaux, pour, déjà, éviter ça; et espérer, ensuite, retrouver ses filles.

Var Matin pour RD Cap

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