De mère à meurtrière, il n’y a qu’un pas ? Quand l’infanticide bouleverse l’humain

La journaliste, Ondine Millot a voulu comprendre, non juger ni excuser Dominique Cottrez, condamnée en 2015 à neuf de prison. Elle publie son enquête « Les monstres n’existent pas »*, une plongée passionnante dans la psyché d’une mère infanticide.

Cette interview est réalisée par le magazine Marie Claire. 

Lorsqu’en 2010, cette femme douce et effacée, aide-soignante à domicile aimée de ses patients et de ses collègues, avoue avoir étouffé huit de ses bébés entre 1989 et 2000, elle est aussitôt qualifiée de « monstre » par les médias. Dominique Cottrez n’est pas un monstre mais une femme mal aimée, parfois maltraitée par sa famille et son mari, qui a fini par répercuter cette violence sur ses nouveaux-nés. Ondine Millot est chroniqueuse judiciaire, spécialiste du fait-divers. Après avoir beaucoup enquêté sur les crimes perpétrés sur des enfants, elle a voulu décrypter ce qui mène une mère à commettre un néonaticide. En 2005, elle rencontre pour la première fois celle qui deviendra son amie et qui peu à peu acceptera de se confier à elle. Un témoignage rare, parfois dérangeant, mais essentiel pour comprendre cet acte inimaginable.

MC : Journaliste de fait-divers, vous expliquez que c’est la première fois que vous avez « accès au bourreau »…

Exactement. J‘ai fait exprès de choquer un peu avec cette phrase de peur qu’on passe à côté de ma démarche, qu’on pense que je l’excuse. Mon impulsion première a été de comprendre son histoire. Je ne la vois pas comme un bourreau mais son acte est extrêmement grave. C’est important de donner la parole à la victime pour comprendre ce qu’elle a subi. Mais pour comprendre ce qui s’est passé, ce n’est pas elle qui va nous l’expliquer. Quand on parle du criminel comme d’un monstre, c’est une façon de dire que cette personne vient d’une autre planète. Mais c’est notre société qui les a construits et qui se construits aussi dans notre société. D’où mon titre « Les monstres n’existent pas.»

MC : Pourquoi Dominique Cottrez garde les cadavres de ses bébés près de son lit, s’assure qu’ils n’ont pas froid quand elle les déplace et leur dépose une couverture… ?

Je pense que c’est très important de les garder pour elle, rien que pour elle. Ce sont ses objets. Elle ne les inscrira pas dans la lignée de sa famille violente, ni ne les donnera à son mari. Ces « bébés objets » ressemblent énormément à ce qu’elle a été petite : un « bébé objet » qui ne parle pas, qui ne bouge pas. Chez les victimes de violence, on retrouve très souvent ce comportement de destruction ou d’autodestruction. Dominique Cottrez continue à se bousiller et devient cette fois-ci actrice en bousillant ses enfants. Elle le dit elle-même, « ils sont à moi, ce sont mes bébés ».

MC : Des traumas subis dans son enfance peuvent-ils expliquer ses crimes ?

Il faut rester humble, je ne suis pas psy. Chez Dominique, ça commence par le gavage à l’enfance. Un bébé pleure pour montrer qu’il existe. C’est sa première communication avec le monde extérieur. C’est le désir. J’en ai parlé à des psys qui ont validé ma théorie. Elle n’a pas de désir, de toute sa vie : elle ne désire pas son mari, ne parle jamais d’elle à la première personne. C’est une enfant qu’on a voulue muette et qui restera muette. De plus, son corps n’a pas de limites parce qu’on ne lui en donne pas. Elle est obèse. Sa mère, dictatrice et maltraitante, la considère comme un objet. De sa relation avec son père, Dominique dit que cela lui fait à la fois du mal et du bien. Et dit clairement qu’elle est amoureuse de lui. Elle va le voir tous les jours, c’est un besoin vital. Ce n’est pas l’idéal pour se construire en tant que femme.

MC : Quel a été le rôle de son époux, Pierre-Marie ?

Elle est victime de moqueries à l’école de la part de ses camarades, mais aussi d’un instituteur. Quand Pierre-Marie arrive, la famille dit « c’est une aubaine », sous-entendu « on pensait qu’elle ne trouverait jamais personne ». Elle entend ces mots-là et pire que ça, pense la même chose.

Le gars est joli garçon, hyper travailleur, très gentil. Elle va se mettre à son service. Ils se sont devenus dépendants l’un de l’autre, à l’extrême. Il l’aime c’est incontestable.

MC : Dans la vie de tous les jours, elle est très appréciée de tous. On se dit qu’elle a une double personnalité…

C’est ce que je me suis dit au début de l’enquête. Mais quand on plonge dans sa vie, on voit que cette empathie qui fait d’elle une femme douce, aimante et appréciée de tous, est poussée à un tel extrême que c’est un oubli total d’elle même. Mais attention, elle n’est pas seule dans ce cas. Chez d’autres femmes qui commettent les mêmes atrocités, on retrouve des profils semblables.

Cette interview est réalisée par le magazine Marie Claire. 

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