Société : Quand les gestes deviennent inappropriés, le bébé en porte les conséquences !

Peu connu du grand public, le syndrome du bébé secoué concerne pourtant au moins 200 nourrissons (âgés le plus souvent de moins de 6 mois) chaque année. Un geste dramatique dont le responsable ignore souvent les conséquences, et qui peut le conduire jusqu’à la prison ferme. Car secouer un bébé n’est pas anodin : cela peut engendrer des lésions cérébrales graves, et parfois même, fatales.

Le contexte est souvent le même. Le nourrisson a pleuré toute la journée. Pour manger, pour être changé, pour un câlin… Et voilà maintenant deux heures qu’il pleure sans raison apparente. Épuisé(e), exaspéré(e), désemparé(e) : son père ou sa mère (parfois sa nounou, ou même un proche de la famille) empoigne l’enfant et le secoue violemment, dans l’espoir de le faire taire. Et bien souvent, sans se douter un instant que son geste est d’une gravité extrême. Bien plus grave qu’une gifle, qu’une fessée, et même, qu’une chute de table à langer (pour laquelle les parents sont généralement très vigilants, car mieux informés). Secouer un bébé, dont le cerveau n’occupe pas entièrement la boîte crânienne et dont la tête est certes lourde, mais le corps, petit et léger, permet des secousses ultra-violentes, peut causer des lésions du cerveau et des hémorragies. Secouer un bébé peut engendrer des handicaps lourds pour la vie. Secouer un bébé peut le tuer.

De l’imprudence à la maltraitance

Expert judiciaire en pédiatrie, le docteur Christian Peyrat examine depuis plus de 20 ans des enfants suspects de maltraitance, et notamment des enfants secoués. « Lorsque des bébés sont secoués par leurs parents, explique-t-il, c’est soit parce que ces derniers ont craqué, lors d’un moment de fatigue extrême, soit parce qu’ils souffrent d’un grave problème pathologique. Mais la réalité, c’est qu’un parent à bout, cela peut être n’importe lequel d’entre nous. C’est celui qui, le temps de deux ou trois secondes dans sa vie, va perdre pied, perdre ses moyens, ne sachant plus quoi faire pour arrêter les pleurs ou les cris de son bébé, et tomber dans ce grand piège qui lui est tendu. »

Ainsi dans de nombreux cas, un bébé qui a été secoué est la conséquence malheureuse d’une maladresse (la parent n’était pas conscient de son impulsivité), d’une imprudence (il en ignorait les conséquences), d’un geste désespéré (l’enfant ne respirait plus, il a été secoué en vue d’être réanimé)… Mais aussi involontaire soit-il, ce comportement n’en reste pas moins une forme de maltraitance, tant par sa gravité que par sa violence. Car, contrairement à une idée reçue, ce n’est pas en « faisant l’avion » avec un bébé ou en jouant avec lui que l’on risque de lui infliger un tel traumatisme crânien, mais bien en l’empoignant avec force et en le secouant de façon brutale.

Un acte aux conséquences souvent irréparables

Les premiers signes que l’on constate chez un bébé secoué, selon le Dr Peyrat, sont généralement et avant tout ceux d’un grand malaise. L’enfant est pâle, refuse de s’alimenter, vomit, pleure… Son état général est inquiétant et c’est la raison qui conduit le plus souvent les parents à consulter, à priori en urgence. Autant de signes qui surviennent immédiatement, mais qui ne suffisent pas à pauser le diagnostic. L’auscultation peut ensuite montrer des traces sur le thorax, et notamment des hématomes liés à l’empoignade. Les radios mettent en évidence des fractures, au niveau des côtes notamment. Enfin, un scanner crânien dévoile des lésions cérébrales, qui sont ensuite précisées par une IRM.

Ce sont surtout ces lésions intracrâniennes, parfois associées à des hémorragies, qui permettent d’établir que l’enfant a bien été secoué, et ce, quel que soit le discours des parents, qui, parfois, mettent du temps avant d’avouer leur acte. Des lésions qui entraînent la mort dans environ 30% des cas selon le Dr Peyrat, et un handicap lourd pour la moitié des autres. Retard mental, hémiplégie, cécité, épilepsie, paralysie ponctuelle… Autant de séquelles possibles qui poursuivent parfois l’enfant à vie.

Un parent averti en vaut deux

Mais si nous sommes tous, dans un moment extrême, capables de secouer un bébé, il est néanmoins possible de nous mettre en garde contre ce comportement et surtout, d’essayer de s’en prémunir. En étant d’abord conscients de la gravité de ce geste, mais aussi, en se préparant à vivre ce genre de situation. Oui, un bébé pleure parfois sans raison et sans possibilité de le calmer. Oui, c’est une situation difficile, notamment lorsque l’on est fatigué. Et il ne faut pas hésiter à demander de l’aide si l’on en ressent le besoin. Et le Dr Peyrat d’ajouter : « Les parents qui le souhaitent devraient avoir plus de temps à la maternité, afin de bénéficier des conseils des spécialistes et d’apprendre à mieux comprendre et répondre aux pleurs de leur bébé. »

Dans tous les cas, face aux cris prolongés et inexpliqués d’un bébé, et lorsque l’on se sent perdre son calme et son contrôle, il n’y a qu’un seul réflexe à adopter pour se protéger et protéger l’enfant d’un geste dramatique et regrettable : coucher le bébé dans son lit (quitte à le laisser pleurer seul), sortir de la pièce, respirer un grand coup et essayer de se détendre. Et, si possible, demander l’aide d’un tiers (conjoint, famille, amis…).

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