Amour Insolite : Par amour, ces hommes choisissent de se faire stériliser

Après en avoir discuté avec sa femme qui supportait mal la contraception, François a accepté de se faire opérer. | Ouest-France / Marc OLLIVIER.

Vasectomie. Un mot qui inspire, à son énoncé, trois types de réactions. Un, une mine effrayée. Deux, les yeux ronds du « c’est quoi ce truc ? ». Ou, trois, un grand ouf de soulagement pour les femmes. Car la vasectomie touche un sujet intime : la contraception et la stérilisation.

« C’est sûr, on n’en parle pas tous les jours. C’est mal connu et ça fait peur à pas mal de mecs », reconnaît François (1), 52 ans. Lui en parle sans tabous. Il y a quatre ans, ce Rennais a proposé à sa compagne et mère de leurs trois enfants de pratiquer cette intervention, qui consiste en deux légères incisions sur la peau des testicules afin de couper ou obturer les canaux déférents et ainsi bloquer les spermatozoïdes vers l’urètre. « C’était un acte d’amour pour soulager ma femme qui avait des soucis avec sa contraception. Comme nous n’avions plus de désir d’enfant, je me suis dit que c’était à moi de prendre le relais. Je suis rentré à la clinique Saint-Grégoire, près de Rennes, le matin, une anesthésie locale, et hop, le soir je suis sorti. Dès le lendemain, quasi aucune douleur. »

Quatre mois pour réfléchir

Rapide le jour J, mais la décision a été mûrie plusieurs mois avant. « Il y a un temps de réflexion incompressible de quatre mois entre la première consultation et la seconde, qui précède l’hospitalisation, explique Antoine Faix, chirurgien urologue, responsable du comité d’andrologie et de médecine sexuelle de l’Association française d’urologie. Cela permet de bien peser son choix. Car même s’il y a une réversibilité possible, je dis toujours que ce sera compliqué. »

Le spécialiste pratique de plus en plus cet acte, autorisé en France depuis seulement 2001. « Dans les pays anglo-saxons ou nordiques, c’est entré dans les mœurs depuis des décennies. Chez nous, une culture latine, un peu macho et faisant mal la différence entre virilité et fertilité, n’aide sûrement pas. » C’est souvent cette question de la puissance sexuelle qui refroidit les hommes.

François rassure : « L’idée d’abîmer cet objet si sacré chez les hommes inquiète mais il n’y a aucune conséquence sur l’érection et le plaisir ! » Quand André (1), 71 ans aujourd’hui, l’a pratiquée voilà quinze ans, il se souvient du visage horrifié d’un de ses copains : « Il pensait que ça privait d’éjaculation alors que pas du tout. C’est là que j’ai aussi réalisé combien les hommes connaissaient mal leur anatomie. »

Une éducation encore peu relayée, reconnaît le Dr Didier Legeais, président du Syndicat national des chirurgiens urologues : « Longtemps, la contraception a été un sujet de femmes. Côté masculin, c’est très récent et la vasectomie est un acte médical peu valorisé chez les praticiens. Notre activité reste davantage tournée vers la maladie, notamment la cancérologie. »

Une sexualité sans complications

« Cette intervention ne modifie en rien la sexualité », répète à ses patients le professeur Éric Huyghe, membre du comité d’andrologie et de médecine sexuelle de l’Association française d’urologie. Ce sont juste les spermatozoïdes qui ne passeront plus. « Et comme ils ne représentent que quelques pourcents du volume du sperme, cela passe inaperçu. » Le professeur rappelle aussi qu’une congélation du sperme auprès du Cecos avant intervention est proposée contre un acquittement de droits de conservation. Par contre, le coût de la vasectomie (environ 65 €) est pris en charge par la Sécurité sociale. Si seulement 0,2 % des Français choisissent la méthode, 50 millions d’hommes l’ont déjà pratiquée dans le monde. Au Canada, par exemple, la stérilisation masculine a dépassé celle des femmes, un homme sur cinq y a recours.

Source Ouest-France

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