Témoignage : « Ce qui m’a beaucoup frappé chez ma mère c’était ses mains  » et l’Aide Sociale n’a rien arrangé

Jonathan a connu une enfance difficile

D’un côté, nous avons reçu celles de gens qui louangeaient le travail et la bonté de la famille en question et de l’autre, celle de Jonathan, un «enfant placé» qui en avait gros sur le cœur et qui tenait à partager «sa» réalité.

«C’est vrai que de bonnes familles d’accueil, il en existe et que l’aide sociale à l’enfance ne fait pas que de mauvaises choses, mais avez-vous pensé à ces enfants? On parle ici de 30 enfants par année qui vont de famille en famille et qui n’ont jamais de stabilité. C’est ce que j’ai vécu moi et je peux vous dire que ça n’a pas été facile», lance d’emblée, Jonathan, 44 ans.

Cette période sombre de sa vie, «sous l’emprise de l’aide sociale», comme il l’affirme lui-même, il l’a vécue de l’âge de 11 ans, jusqu’à sa majorité. Mais encore aujourd’hui, il en subit les contrecoups. Sa dernière tentative de suicide remonte à il y a six ans. C’était déjà sa 4e.

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Battu à coups de tapette à mouche 

«J’ai eu une enfance difficile. Non pas parce que j’étais un petit gars à problème, mais mon père nous a quittés quand j’avais deux ans. Quant à ma mère, elle était absente. Et quand elle était là, elle me battait au sang à coup de tapette à mouche de laquelle elle enlevait la palette de caoutchouc. Je suis resté avec elle jusqu’à l’âge de 11 ans, environ. À cette époque, j’avais déjà deux fugues et une tentative de suicide à mon actif! C’était rough!»

Un jour, c’en est assez pour lui. Il doit décider de son avenir. Mais que faire? Sa voix n’a même pas encore mué.

«J’ai lancé des cris de détresse qui n’ont pas été entendus. Entre 11 ans et demi et 14 ans, j’ai fait trois tentatives de suicide. J’ai essayé de me pendre. J’ai vidé la pharmacie. J’ai mis la switch à off! Je voulais juste partir de là parce que je n’en pouvais plus».

Retrouvé dans le bois

Jonathan a d’abord tenté de renouer les liens avec son père, mais celui-ci lui a bien fait comprendre lors d’un dîner improvisé au restaurant que sa nouvelle femme «ne voulait rien savoir de lui». N’ayant personne vers qui se tourner, il quitte une fois de plus le foyer maternel. Cette fois sera la bonne.

«Je suis parti avec plein de sacs à dos. Je me suis retrouvé dans un bois où j’avais monté ma tente, mais il s’est mis à pleuvoir. J’étais en hypothermie. La police est venue me chercher».

Les policiers ont évidemment tenté de communiquer avec sa mère, mais, son fils ayant fugué pour une dixième fois, elle a plutôt choisi de rejoindre son nouveau compagnon et laissera tomber son fils.

«À partir de ce moment-là, tout s’est enclenché, se rappelleJonathan.  Je me suis retourné au poste de police. Je leur ai raconté mon histoire et leur ai dit qu’il n’était plus question que je retourne chez ma mère».

Un éducateur de l’aide sociale à l’enfance est alors venu le chercher en pleine nuit pour l’emmener au centre jeunesse. Débutent alors ses premiers contacts avec le foyer à l’enfance. Alors queJonathan pensait être enfin sorti de cet enfer dans lequel il était plongé depuis sa naissance, avec le recul, il affirme aujourd’hui qu’il mettait plutôt les deux pieds dedans…

L’AIDE SOCIALE L’A LAISSÉ TOMBER

Assis sur le siège arrière de la voiture qui l’emmène au centre, le petitJonathan, 11 ans et demi, est habité par ce sentiment d’avoir enfin la chance d’aspirer à une vie meilleure tout en étant très anxieux de découvrir ce que lui réserve l’avenir.

«En entrant là en plein milieu de la nuit, raconte-t-il, je m’aperçois qu’il y a des barreaux aux fenêtres, des barrures électriques à toutes les portes et des gardiens de nuit. On me met dans une chambre avec quelqu’un que je ne connais pas. C’était tough! Mais au moins, je n’étais plus avec ma mère».

Lors de son premier séjour,Jonathan y passe six mois, «si ce n’est pas un an», se ravise-t-il.

«Ça s’est bien passé. Pour moi, c’était plutôt tranquille, je ne faisais pas de trouble. J’avais des tâches à exécuter. J’allais à l’école (…) Ta liberté, elle s’arrête à la porte! C’est certain que de ne pas pouvoir en sortir était difficile, mais c’était mieux que ma vie d’avant.»

Toutefois, comme il le dit, il avait dès lors mis un pied dans l’engrenage de l’aide sociale à l’enfance.

«Et une fois que tu y es, tu n’en sors pas comme tu veux! Je ne sais pas à combien de travailleurs sociaux j’ai raconté mon histoire tellement j’en ai eus!»

D’une famille à une autre

Après son séjour au foyer, Jonathan, à la demande de l’aide sociale, a tenté un retour chez sa mère, mais ça n’a pas fonctionné.

«À partir de ce moment-là, on m’a envoyé un peu partout, à gauche et à droite, pour finalement revenir à mon point de départ le centre… J’ai vraiment été trimballé, balloté!»

Ce va-et-vient continuel et ses séjours en centre d’accueil ont évidemment nui à Jonathan, au niveau académique, notamment, puisqu’il ne pouvait compléter une année de secondaire sans être transféré dans une autre ville où il devait intégrer une nouvelle école chaque fois. À ce sujet, il se rappelle d’un événement en particulier qui a marqué son adolescence.

Des événements marquants

C’était le 21 décembre 1990. Il s’en rappelle comme si c’était hier. Après l’heure du midi, la direction qu’il fréquentait, avait donné congé aux élèves qui pouvaient donc quitter  l’établissement pour leurs vacances de Noël. Jonathan vivait alors dans une famille d’accueil à cette époque.

«Quand je suis arrivé à la maison, le foyer était fermé. Toutes mes affaires étaient sur le perron. Mes effets personnels. Mon linge. Toute ma chambre en fait. J’avais 15 ans et j’étais à la rue. On m’avait pourtant dit que je serais là jusqu’à mes 18 ans. Quand j’ai appelé mon travailleur social, on m’a répondu qu’il était en vacances et de rappeler dans deux semaines. J’ai dormi dans un parc. Je mangeais dans les poubelles. Et là, j’étais encore dans le système de l’aide sociale à l’enfance ! On m’a laissé aller!»

Des histoires comme celle-là, Jonathan en a des tas à raconter. Il y a cette fois, entre autres, où sa famille d’accueil l’avait «oublié» à l’école, et qu’il avait dû passer la nuit au poste de police, car personne ne voulait venir le chercher, ou encore, cette autre occasion où il s’était une fois de plus retrouvé à la rue en raison de la séparation du couple qui était la famille d’accueil.

«On m’avait renvoyé au centre et puis je retournais dans une autre famille. En plein hiver! Ça a été l’enfer d’un bout à l’autre. Jusqu’à ce que je dise: c’est assez!»

«C’est bien beau montrer les beaux côtés de l’aide sociale à l’enfance, mais de tous les amis que j’ai eus en centre ou en famille d’accueil, cinq ou six se sont suicidés après avoir été transférés d’une famille à l’autre. Ils avaient 14-15 ans. J’ai même une de mes blondes qui s’est suicidée. Pour moi l’aide sociale à l’enfance, ç’a été un flop total! Oui, je suis sorti de chez ma mère. Mais je ne m’attendais pas à ça… la justice et le conseil Général m’a laissé tomber.»

Vous avez envie de raconter votre histoire? Un événement de votre vie vous a fait voir les choses différemment? Vous voulez briser un tabou? Vous pouvez envoyer votre témoignage à temoin@radiocapitole.fr et consulter tous les témoignages que nous avons publiés.

Quant à sa relation avec sa mère, malgré toutes les épreuves qu’elle lui a fait vivre, Jonathan a renoué les liens.

«Personne ne comprend pourquoi, mais elle reste ma mère», a-t-il conclu.

LES CHOSES ONT BIEN CHANGÉ EN 30 ANS

Est-ce que le scénario cauchemardesque vécu parJonathan, à la fin des années 80, pourrait se répéter 30 ans plus tard? Rien n’est impossible. Toutefois, nous assure l’aide sociale à l’enfance ( le lieu ne sera pas fournit) , on fait tout pour éviter qu’un enfant ait à vivre une telle situation.
Jonathan n’est certainement pas seul dans sa situation. D’ailleurs, lors de l’entrevue qu’il a accordée à notre rédaction, celui-ci se réfère régulièrement aux amis qu’il s’est faits dans les foyers ou familles d’accueil qu’il a fréquentés.

«On se recroise ici et là tout le long de notre adolescence», affirme Jonathan, à ce sujet. C’était il y a 30 ans. Mais qu’en est-il aujourd’hui? Est-ce que le mot «stabilité» fait partie du vocabulaire des enfants de l’aide sociale à l’enfance ?

Contacté à ce sujet, le conseil départementale via une responsable de la protection de l’enfance, a expliqué que plusieurs améliorations ont été apportées afin d’éviter qu’un enfant soit trimballé d’une famille d’accueil à l’autre.

«Une attention particulière est accordée au choix de la ressource la plus susceptible de répondre aux besoins spécifiques de l’enfant, de même qu’à sa capacité à pouvoir lui offrir un milieu de vie à plus long terme si un retour en milieu familial ne peut être réalisé», dit-elle avant d’ajouter que chaque milieu d’accueil est évalué en fonction de critères «précis et rigoureux» permettant de mesurer sa capacité à pouvoir répondre aux besoins d’un enfant qui lui serait confié.

«Un suivi continu est effectué pour s’assurer de la concordance entre les services rendus par le milieu d’accueil et les besoins spécifiques de l’enfant», insiste Myriam la responsable du pôle enfance , précisant qu’un intervenant social est en constante communication avec les familles d’accueil et que celles-ci bénéficient également de l’expertise de pédopsychiatres, d’éducateurs, de psychologues, etc. afin, dit-elle, «d’assurer la pérennité du projet de vie de l’enfant dans ce milieu».

Mais aujourd’hui encore, en 2018, combien d’enfants sont placés ? Sont-ils nécessairement placés pour leur mise en danger ? Pas pour tous soyons-en certain ! Par contre, ceux vraiment dans le besoin ne sont pour l’heure toujours pas retirés de leurs familles maltraitantes réellement… AVE  La justice ! Les enfants ne peuvent que patienter c’est évident ! indique Jonathan …pour conclure ce témoignage !

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